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Arts et sciences

29/11/2016

Mint : des chercheurs en symbiose avec des artistes

Depuis 2010, les chercheurs de l’équipe-projet Mint ont multiplié les collaborations avec le monde artistique. Ils prouvent ainsi que les uns et les autres peuvent progresser dans leurs domaines respectifs en réalisant de très beaux projets communs.  

L’intelligence rationnelle s’oppose à l’intelligence émotionnelle et à l’intuition. Les scientifiques astreints à la rigueur et  les artistes libres de tout dire et faire ne pourraient ainsi pas se comprendre... Autant de clichés et de préjugés qui perdurent trop souvent. Mais pour les balayer, nul besoin de remonter à Léonard de Vinci. Pour preuve, les travaux que mènent depuis 2010 les chercheurs de l’équipe-projet Mint (commune avec le CNRS et l'Université de Lille - sciences et technologies*) du centre de recherche Inria Lille - Nord Europe avec des artistes de la région.  « Même si les objectifs et les méthodologies diffèrent, artistes et scientifiques partagent le même goût pour la prise de risque, l’innovation et recourent souvent à la totalité de leur intellect, dont l'émotionnel et l'intuitif, pour avancer  », explique Laurent Grisoni, responsable de l’équipe-projet Mint.

Une collaboration avec Le Fresnoy

Les chercheurs de Mint qui travaillent sur l'interaction gestuelle et tactile entre Homme et machine ont pris conscience assez tôt que leurs travaux pouvaient intéresser d’autres domaines que l’industrie. « Mais au départ nous ne disposions pas de contacts dans le domaine artistique  », se rappelle Laurent Grisoni. Après quelques tâtonnements, ce dernier finit par frapper à la porte du Studio national des arts contemporains Le Fresnoy établi à Tourcoing qui répond positivement. Cet établissement de formation, de production et de diffusion artistique multimédia encourage en effet ses étudiants à intégrer une composante technologique dans leur projet de fin de cursus.

La collaboration démarre en 2011 avec un soutien financier du centre de recherche Inria Lille – Nord Europe. Les chercheurs de Mint conçoivent une installation baptisée le Pharmakon dotée d’un casque de réalité virtuelle. Depuis, cette association n’a cessé de fructifier. Cette année encore, l’équipe participe par exemple à un étonnant projet d’opéra baptisé I.D. sur le thème du dédoublement, dirigé par le compositeur Arnaud Petit, co-écrit par Alain Fleischer (Directeur du Fresnoy mais aussi cinéaste, photographe, plasticien et écrivain français), en collaboration avec l’université Mac Gill (Montréal, Canada) et Numédiart (Mons, Belgique). L’histoire met en scène un mime, une soprano et un avatar numérique dont les mouvements  sont déterminés en partie par ceux du mime. L’équipe-projet Mint a développé l'outil interactif permettant au mime d’animer l'avatar, et ce de manière « invisible » pour le public. Citons également pour 2016 un projet de livre tactile numérique, avec le dessinateur belge Dominique Maes, ou bien encore deux autres projets artistiques finalisés, une fontaine interactive avec l'association les Yeux d'Argos (« Source »), et une cartographie numérique avec l'artiste Pauline Delwaulle (« Terra Incognita »).

Outil de médiation et de valorisation

Depuis 2011, l’équipe-projet Mint a donc collaboré, à de nombreux projets artistiques avec Le Fresnoy mais aussi avec d'autres partenaires comme la mairie de Lille. Si la synergie perdure au fil des ans, c’est bien parce qu’elle présente des avantages pour l’ensemble des parties. Les étudiants du studio Le Fresnoy prennent conscience d’enjeux technologiques permettant d'aller au-delà de la simple ingénierie. L’équipe-projet Mint, quant à elle, bénéficie d’une visibilité plus large. Ces œuvres constituent à la fois un outil de médiation et de valorisation.

Cette dynamique participe d’une  stratégie « d'open innovation  » dans la mesure  où elle nourrit d’autres partenariats avec le monde de l’entreprise. La collaboration de l'équipe de recherche au Damassama, installation de Léonore Mercier, l'atteste avec éclat. À partir de cette œuvre qui transforme le visiteur en chef d’orchestre, grâce à des capteurs qui suivent ses gestes, un outil logiciel (la librairie Gina) a été produit et  a fait l'objet par la suite de contrats industriels, notamment avec des PME régionales.

« Une expérience humaine extraordinaire »

Pour que les synergies avec les artistes fonctionnent, les projets doivent constituer un défi technologique ou scientifique intéressant tout en étant réalisable dans des délais raisonnables, sachant que les chercheurs n’y travaillent pas à plein temps. Les membres de Mint doivent aussi accepter d’opérer dans l’incertitude et de s’engager dans des projets fondés sur l’intuition de leur interlocuteur plutôt que sur l'expression explicite d’un besoin. Mais la récompense est à la hauteur de leurs efforts : « Voir naître de belles réalisations est une expérience humaine extraordinaire  », résume Laurent Grisoni. 

Si l’équipe-projet Mint a joué un rôle pionnier dans la région Hauts-de-France, les collaborations artistes-chercheurs participent d’un mouvement plus large. Cette stratégie perçue comme un élément de « l’open innovation  » est maintenant reprise par des clusters de développement économique comme EuraTechnologies et la Plaine Images. Une journée de présentation, organisée début décembre 2016 sera d’ailleurs l’occasion de présenter  plus d’une quarantaine de projets de ce type réalisés en région Hauts-de-France et Belgique, dont ceux de Mint mais aussi de trois autres équipes du centre de recherche Inria Lille – Nord Europe. Au niveau national, plusieurs centres de recherche Inria à Bordeaux, Paris, Rennes, Grenoble s'y intéressent aussi.  

* au sein de l'UMR 9189 CNRS-Centrale Lille-Université Lille1, CRIStAL et de l'EA 2697 L2EP de l’Université Lille 1, Arts et Métiers ParisTech, Centrale Lille et HEI.

Mots-clés : Interaction Homme-Machine IHM Equipe-projet Mint Arts et sciences

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