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8/09/2017

Go Touch VR : le virtuel au bout des doigts

Cap sur Lille et Grenoble chez Go Touch VR, où des chercheurs en haptique devenus entrepreneurs ont développé une solution toute simple pour permettre de toucher et manipuler des objets virtuels. Les explications d'Eric Vezzoli, cofondateur et CEO de la start-up et ancien membre de l'équipe-projet Mint du centre Inria de Lille.

Industrie, commerce et bien sûr loisirs… Même si le grand public n'est pas encore totalement converti aux charmes du casque de réalité virtuelle, le petit monde de la "VR" (virtual reality) est tout de même en pleine expansion avec un chiffre d'affaires qui devrait atteindre 13,9 milliards de dollars en 2017 et 143,3 milliards en 2020, selon l'institut de veille économique IDC.  Mais, pour l'heure, alors que les dispositifs audio et vidéo permettent des immersions sonores et visuelles de plus en plus bluffantes, les trois autres sens restent encore quelque peu délaissés. Si l'odorat et le goût risquent fort de devoir encore attendre quelques années avant de faire l'objet de solutions réellement opérationnelles, le toucher, lui, semble bien être la "nouvelle frontière" de l'industrie du virtuel. C'est tout au moins la conviction de quatre jeunes docteurs en haptique (le sens du toucher) qui se sont associés pour créer Go Touch VR en avril dernier.

Nous voulions quelque chose d'intuitif, qui permette d'avoir les mêmes sensations que dans la réalité et sans le moindre effort de la part de l'utilisateur.

« Vincenzo Giamundo, Zlatko Vidrih, Thomas Sednaoui et moi-même nous sommes rencontrés alors que nous travaillons tous dans le cadre du programme européen Prototouch qui avait pour objectif le développement d'écrans tactiles dotés d'un retour haptique "haute-fidélité" , explique Eric Vezzoli, CEO de Go Touch VR. En ce qui me concerne, je viens, comme Thomas Sednaoui, du laboratoire d'électrotechnique et d'électronique de puissance de Lille et j'ai fait ma thèse au sein de l'équipe-projet Mint (maintenant Mint2*) du centre Inria Lille - Nord Europe sous la direction de Betty Semail et de Frédéric Giraud. Dans le même temps j'ai contribué au développement d'une technologie qui vient d'être brevetée, avec une concession de licence exclusive accordée à Go Touch VR. »


Accessible sur tous les plans

Le point de départ de Go Touch VR ? « C'est simple, nous cherchions une idée dans le domaine de l'haptique et nous avions constaté un manque d'applications dans le secteur de la réalité virtuelle, un marché en pleine croissance. Alors nous avons décidé de nous y lancer ! » Dévoilée en janvier dernier au Consumer Electronic Show de Las Vegas – la grand'messe annuelle des tendances high tech - l'offre Go Touch VR se compose d'un ensemble de trois bagues que l'on place au bout des doigts, d'un système de tracking externe complété par une centrale inertielle intégrée aux bagues et d'un software destiné à faire fonctionner l'ensemble. Compatible avec tous les casques de réalité virtuelle, Go Touch VR se veut une solution aussi accessible financièrement que fonctionnellement, contrairement aux gants existants déjà sur le marché qui nécessitent une période d'apprentissage. « Nous voulions quelque chose d'intuitif, qui permette d'avoir les mêmes sensations que dans la réalité et sans le moindre effort de la part de l'utilisateur  », poursuit Eric Vezzoli.

Sur le papier le principe de fonctionnement est simple : au lieu d'émettre des vibrations comme la plupart des dispositifs de retour haptique actuels, les bagues exercent une vraie pression sur la pulpe des doigts, modulée finement en fonction des caractéristiques – dimensions, reliefs, mouvements - des objets que la personne veut toucher. Coordonnée avec les images du casque VR, la sensation liée à la déformation de la pulpe des doigts trompe parfaitement le cerveau et l'illusion de toucher le virtuel est bien réelle. Avec Go Touch VR on peut cliquer sur des boutons, jouer du xylophone et même manipuler des objets dans l'espace avec un "naturel" semble-t-il convaincant. « Comme souvent, la volonté d'offrir une expérience facile côté usager représente un défi de taille pour le concepteur et nous n'avons pas échappé à la règle : il nous a fallu plus d'un an de travail acharné pour mettre au point le prototype en vue de la présentation au CES », reconnaît Eric Vezzoli.

Go Touch VR

Le gaming attendra !

Aujourd'hui toute l'attention de la jeune entreprise de sept personnes installée à Lille (avec une implantation à Grenoble pour la partie hardware ) se porte sur la commercialisation de l'offre qui débutera officiellement en septembre. La cible ? « Plus que les jeux, notre offre vise le marché professionnel de la réalité virtuelle. Nous nous inscrivons dans un marché BtoB : nos clients achèteront nos solutions comme autant de briques qui pourront leur permettre de créer leurs propres outils ou leurs propres produits.  » Une proposition comme Go Touch VR a des débouchés évidents dans le domaine de la CAO (conception assistée par ordinateur) car elle permettra de manipuler des objets qui n'existent pas encore de manière bien plus intuitive et bien plus réaliste qu'avec un contrôleur standard. Des contacts très prometteurs ont d'ailleurs déjà été noués avec de grands groupes de l'automobile et de l'industrie aérienne. Mais de nombreuses autres applications sont envisageables, en particulier dans le domaine de la formation professionnelle ou médicale, ou du marketing : grâce à Go Touch on peut organiser des showcases bien plus immersifs pour les futurs clients. « Quant au secteur du gaming, ce sera pour plus tard, même si nous avons déjà été approchés par des acteurs reconnus !  »

Prochaine étape ? « Nous comptons poursuivre nos développements, en particulier avec un projet expérimental qui concerne le rendu tactile des textures virtuelles et un autre sur l'adaptation du périphérique aux environnements virtuels. Dans cette perspective nous sommes en train de finaliser un contrat de recherche avec le Laboratoire d'électrotechnique et d'électronique de puissance (L2EP) de Lille d'une part, et l'équipe Mint2 d'autre part » , annonce Eric Vizzoli en conclusion.

 

*L'équipe Mint2 est commune avec le CNRS et l'université de Lille − sciences et technologies (au sein de l'UMR 9189 CNRS-Centrale Lille-université de Lille − sciences et technologies, CRIStAL et de l'EA 2697 L2EP de l’université de Lille − sciences et technologies, Arts et Métiers ParisTech, Centrale Lille et HEI).

Mots-clés : Go Touch VR VR Interaction Homme-machine Réalité virtuelle Start-up

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