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Portraits

27/05/2013

Chercheurs d'ici et d'ailleurs : rencontre Mexique / Slovaquie

Karen Miranda et Michal Valko ©Inria

Originaire de Slovaquie, Michal Valko est chargé de recherche. Il a posé ses valises, qui ont vu du pays, en France dans l'équipe-projet Sequel. Venue du Mexique, Karen Miranda termine sa thèse de doctorat au sein de l'équipe Fun, toujours avec le sourire. Deux jeunes chercheurs nous donnent leurs regards croisés sur la recherche entre deux continents.

Pouvez-vous nous parler de vous, et nous dire pourquoi vous avez choisi Inria ?

Karen Miranda :  J'ai obtenu mon Master en Sciences et Technologies de l'Information de l'Université Autonome Métropolitaine (UAM) à Mexico. Je travaille actuellement sur ma thèse de doctorat à Inria, qui s'intitule : « Algorithmes d'auto-déploiement pour les réseaux de substitution ». Je fais partie de l'équipe de recherche Fun.
Je suis arrivée à Inria grâce aux recommandations de mes professeurs à Mexico, où l'Institut est très réputé. Je m'estime très chanceuse de pouvoir mener mes recherches ici.

Michal Valko : J'ai obtenu mon Master à Bratislava, en Slovaquie, en 2005, puis je suis allé à Lisbonne pour un projet de recherche. Ensuite, j'ai effectué mon doctorat à l'Université de Pittsburgh aux États-Unis, tout en occupant un poste de stagiaire à Intel Research et Intel Labs. J'ai rejoint Inria en septembre 2011, d'abord en qualité de post-doctorant, et à présent en tant que chercheur. Je suis venu ici parce que l'équipe-projet Sequel (commune avec Centrale Lille et l'Université Lille 3*), dont je fais partie, travaille dans l'un des meilleurs laboratoires d'apprentissage statistique au monde, et que ma thèse portait sur l'apprentissage séquentiel.

En quoi le domaine de la recherche en France est-il différent de celui de votre pays ?

KM : Au Mexique, la recherche a surtout lieu dans les universités. Seule une infime partie s'effectue dans des laboratoires industriels. Nous n'avons pas de réel équivalent d'Inria là-bas. En France, d'une manière générale, la recherche fondamentale semble plus présente, et nous avons davantage de marge de manœuvre pour approfondir un éventail de sujets plus large. Il y a également une plus grande synergie entre l'industrie et les universités. Les fondations de recherche existent à Mexico, mais seulement dans certains domaines, par exemple, la logique informatique.
Chez nous, c'est le gouvernement qui rémunère les chercheurs et les salaires de base ne sont pas très avantageux. Un post-doctorant est généralement embauché pour une période de 2 ans et les professeurs à part entière sont titulaires, ce qui correspond plus à la situation aux États-Unis. Les post-doctorants doivent présenter leur candidature pour recevoir une bourse. Cette procédure ressemble à celle en France, mais au Mexique, elle est plus complexe.
Nous n'avons pas non plus beaucoup de femmes dans la recherche informatique, mais il s'agit là d'un problème mondial. En effet, le temps qu'il faut consacrer à ses études supérieures est un facteur rédhibitoire : lorsque nous terminons notre doctorat, nous avons presque 30 ans, et à cet âge, la plupart des femmes souhaite fonder une famille et doit donc réduire le rythme de travail.

MV :  La recherche est structurée de façon très similaire en France et en Slovaquie, mais la France accorde plus de place à la recherche en elle-même. Les organismes publics (comme le CNRS), les agences de recherche (comme l'ANR) et les laboratoires industriels reçoivent  beaucoup plus de financement.
Les scientifiques sont sous-payés en Slovaquie, au point de devoir assumer un travail d'appoint pour pouvoir joindre les deux bouts. Beaucoup de chercheurs compétents sont par conséquent obligés d'abandonner la science, trouver un poste dans l'industrie ou partir à l'étranger. À titre d'exemple, un professeur touche la moitié du salaire d'un ingénieur informatique en Slovaquie. Malgré tout, les doctorants sont relativement bien rémunérés en Slovaquie par rapport aux pays voisins : environ 600 €/mois contre seulement 200 en République tchèque. Ceci dit, les ressources sont limitées en Slovaquie. Les postes de titulaire sont plutôt rares mais un poste universitaire est stable.
En France, un chercheur peut être titularisé bien plus tôt dans sa carrière, par rapport à d'autres pays. Aux États-Unis par exemple, il n'y a de titulaires que dans les universités et les chercheurs se disputent les postes.
Il y a également des différences culturelles dans la manière dont la recherche et les chercheurs sont évalués. Aux États-Unis, l'instigateur d'un projet en endosse presque entièrement la responsabilité tandis qu'en France, le travail d'équipe semble bien plus important.
En ce qui concerne l'égalité des sexes, ce n'est un secret pour personne que les femmes sont sous-représentées dans notre domaine de recherche. Cependant, je n'ai pas été témoin d'inégalité en termes d'opportunités (que ce soit en France, au Portugal, aux États-Unis ou en Slovaquie).

Quels conseils donneriez-vous à de jeunes chercheurs qui souhaitent venir en France ?

KM :  Je leur conseillerais de vraiment se mettre au français pour être plus proche de la culture française et des Français, même si nous sommes une équipe internationale à Inria et que nous communiquons la plupart du temps en anglais. Pour moi, le plus gros choc a été la langue, mais nous avons la chance d'avoir des cours de français financés par Inria.

MV :  Nous travaillons vraiment comme une équipe à Inria, nous recevons beaucoup de soutien dans nos recherches et avons la liberté d'étudier les sujets les plus intéressants/importants à nos yeux. Si cet aspect-là vous semble important, alors Inria et la France sont très attractifs.
Une mauvaise surprise cependant, pour moi qui suis arrivé en France directement des États-Unis. La plus grande déception s'est révélée être le service à la clientèle et l'administration. Aux États-Unis, la satisfaction des clients est primordiale, mais en France, les gens se rejettent souvent la faute sans prendre leurs responsabilités.

* au sein de l'UMR 8146 CNRS-Centrale Lille-Lille1, LAGIS et de l'UMR 8022 CNRS-Lille1-Lille 3-Inria, LIFL.

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