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Portraits

A.D. (*) - 28/06/2013

Chercheurs d'ici et d'ailleurs : rencontre Burkina Faso / Chine

Burkina / Chine Photos : N. St-Pierre / Inria

Aïda Ouangraoua a commencé ses études au Burkina Faso, Gang Zheng en Chine. Leurs chemins se croisent chez Inria où chacun a trouvé, dans son domaine, un environnement professionnel et humain stimulant.

Quel parcours vous a menés à Inria ?

Gang Zheng  : Après un master en information et systèmes à l’université de Wuhan, en Chine, j’ai cherché un sujet de thèse. J’avais beaucoup d’amis qui étaient en contact avec des Français  du fait des programmes d’échanges avec les universités françaises et des nombreuses entreprises françaises qui investissent dans ma ville natale. C’est ainsi que j’ai pu entrer en contact avec Jean-Pierre Barbot de l’ENSEA. Il m’a proposé un sujet de recherche qui me plaisait beaucoup sur la synchronisation des systèmes chaotiques en utilisant la théorie de l’automatique. Je suis parti en France en 2004 pour faire ma thèse et je suis resté ! J’ai fait un postdoc dans l’équipe Bipop du centre Inria Grenoble - Rhône-Alpes puis dans l’équipe Casys du laboratoire Jean Kuntzmann de Grenoble. J’avais eu l’occasion de rencontrer les chercheurs de l’équipe-projet Alien qui travaillaient dans mon domaine. C’est ainsi que j’ai postulé au centre Inria Lille - Nord Europe où j’ai été recruté en 2009 dans cette équipe, devenu l’équipe-projet Non-A (commune avec Centrale Lille, le CNRS et l'université Lille1*). Jusque-là mon travail était surtout théorique, mais en travaillant chez Inria j’ai pu appliquer mes résultats à la robotique.

Aïda Ouangraoua  : Je suis arrivée chez Inria la même année que Gang mais avec un tout autre parcours. Quand j’étais en classe préparatoire à Agadir, au Maroc, j’aimais beaucoup les matières qui nous conduisaient au laboratoire pour écrire des programmes. C’est pourquoi j’ai intégré ensuite l’institut polytechnique de Bordeaux pour être ingénieure en informatique. Durant mes études, j’ai effectué un stage avec Pascal Ferraro au Labri, à Bordeaux, qui est ensuite devenu mon directeur de thèse avec Serge Dulucq. J’ai découvert la bio-informatique à cette occasion, puis avec deux autres mentors au cours de mon postdoctorat, entre 2007 et 2009, à l’université Simon Fraser à Vancouver puis à l’université du Québec à Montréal. Ces rencontres m’ont fait aimer le domaine ; j’ai été séduite par son caractère pluridisciplinaire. J’ai ensuite postulé chez Inria pour travailler avec les chercheurs de l’équipe-projet Bonsai (commune avec le CNRS et l'Université Lille1**)  avec qui j’avais noué des relations lors de conférences.

La recherche est-elle organisée différemment ici par rapport à vos pays d’origine ou ceux dans lesquels vous avez travaillé ?

AO : Le système de recherche du Burkina Faso est très similaire à celui de la France car il est hérité de la colonisation. Les chercheurs travaillent surtout dans des domaines liés aux besoins du pays, c’est-à-dire tournés vers le social, l’économique et la santé, et dans les domaines très fondamentaux comme les mathématiques qui demandent peu de moyens. Mais je n’ai pas d’expérience de la recherche dans ce contexte. En revanche, l’organisation de la recherche ici est très différente de celle qui prévaut au Canada, car la recherche s’y fait à l’université et une équipe est constituée d’un professeur et de ses étudiants. Cette structure offre une grande indépendance mais beaucoup de temps est dévolu à la gestion du budget de son équipe.

GZ : En Chine, les équipes de recherche peuvent réunir plusieurs professeurs ou bien être constituées d’un seul professeur entouré de ses élèves dont les étudiants en master qui sont logés sur le campus et doivent faire de la recherche. Le système est assez similaire à celui des États-Unis, c’est-à-dire que les professeurs sont rémunérés uniquement pour leurs cours. Pour payer leur recherche, le matériel, le recrutement de thésards, etc., ils doivent trouver des financements, en particulier  auprès des entreprises. Une grande partie de leur temps est accaparé par les problèmes administratifs et ils sont obligés de travailler énormément.

Qu’appréciez-vous dans le fait de travailler chez Inria ?

AO : Comparé à ces systèmes, on bénéficie, notamment chez Inria, de beaucoup de moyens pour travailler et on est très bien accompagné, ce qui libère énormément de temps pour faire de la recherche. Les assistantes de projet, par exemple, font un travail formidable, mais de nombreuses aides existent aussi pour faire du transfert, pour communiquer sur sa recherche, etc.

GZ : Inria offre effectivement beaucoup de possibilités. Par exemple, les moyens en ingénieurs, fournis par les ADT, sont très intéressants pour concrétiser nos résultats dans des logiciels. Un autre élément essentiel est qu’il est possible de choisir sa direction de recherche, d’établir les collaborations que l’on veut et il existe beaucoup d’occasions de discuter, comme lors des présentations et des discussions organisées dans le centre. Cela permet de mieux connaître le travail des autres équipes et de savoir à qui s’adresser si on a un besoin en dehors de son domaine. Cette liberté est, de mon point de vue, le plus grand avantage associé au fait de travailler chez Inria.

AO : J’ajouterais que pouvoir travailler en équipe et avec des équipes d’autres disciplines est très stimulant et favorise l’émergence de nouveaux projets. De plus, le caractère cosmopolite d’Inria est très attractif de l’extérieur. Cela donne envie de venir.

GZ : Oui, notamment pour ceux qui ne parlent pas français car ils savent qu’ils pourront s’exprimer en anglais. Inria est vraiment un institut international. Durant les quatre dernières années nous avons accueilli, dans l’équipe, des chercheurs d’une quinzaine de pays !

Entretenez-vous des relations avec votre pays d’origine ?

GZ : Je suis en train de créer des liens avec l’université de Zhejiang, à Hangzhou, avec l’objectif d’établir des collaborations dans mon domaine sur des questions théoriques. C’est l’une des meilleures universités de Chine et le laboratoire est extrêmement actif. Chaque année il gère 7 à 8 millions d’euros de projets et accueille de nombreux étudiants et chercheurs étrangers. Je reviens d’un séjour de trois semaines dans ce laboratoire et nous projetons de déposer un projet d’échange de chercheurs et de thésards dans le cadre des actions Marie Curie de la commission européenne.

AO : J’ai surtout aujourd’hui des relations avec mes collègues canadiens, mais j’envisage de retourner régulièrement au Burkina Faso pour assurer des cours et aider à monter des projets avec l’université de Ouagadougou dans le cadre des collaborations Nord-Sud. Ce serait pour moi une façon de faire bénéficier les étudiants de tout ce que j’ai appris ici et au Canada. Les professeurs burkinabé qui ont fait leurs études en France et arrivent aujourd’hui à la retraite nous encouragent d’ailleurs beaucoup, nous les chercheurs exilés, à maintenir les contacts.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes de votre pays d’origine qui souhaiteraient venir faire leurs études ou de la recherche en France ?

AO : En fait, confrontés au discours politique actuel, les jeunes Burkinabé vont plutôt aujourd’hui en Amérique du Nord ou dans d’autres pays européens, malgré la facilité que procure la maîtrise de la langue française. Pour ceux qui souhaitent venir ici, il est essentiel de bien préparer son séjour en écoutant les conseils de ceux qui sont partis avant eux et en prévoyant bourses et logement. L’aspect financier est en effet critique pour les étudiants venant d’Afrique. Une fois installé, il faut croire en soi et persévérer malgré les difficultés, résister aux discours dévalorisants. L'important est que l'on rencontre aussi des gens formidables et il faut rester ouvert pour s’en rendre compte et profiter de ces expériences.

GZ : Je suis tout à fait d’accord avec Aïda sur le fait de bien préparer son séjour. Financièrement c’est plus facile pour les étudiants chinois car le gouvernement finance beaucoup de séjours d’étudiants. Notre équipe, par exemple, est attachée à l’école centrale de Lille qui a des programmes spéciaux avec la Chine et reçoit ainsi des dizaines d’étudiants chinois tous les ans. Mais j’ai constaté un problème très grave avec les jeunes qui viennent dans ce cadre : ils restent toujours entre eux et ne cherchent pas le contact avec les autres thésards. La communication avec le directeur de thèse est également unidirectionnelle. Ils n’osent pas le contredire. Un jeune chercheur doit dépasser cela s’il veut avancer.

* au sein de l'UMR 8146 CNRS-Centrale Lille-Lille1, LAGIS.

** au sein de l'UMR 8022 CNRS-Lille1-Lille 3-Inria, LIFL.

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