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Intelligence ambiante

Amélie Castan - 1/09/2011

Joseph Paradiso : Nous développons des capteurs dédiés à l'économie d'énergie.

Verres electroluminescents © AGC Flat Glass Europe - Glassiled

Joseph Paradiso, directeur du groupe des environnements sensibles au MIT Media Lab, était invité au séminaire IN’tech sur l’intelligence ambiante, organisé au début de l'été à Grenoble. Il y a exposé les derniers travaux révolutionnaires du Media Lab . Il a été reçu par Joëlle Coutaz, professeur de l'équipe "Ingénierie de l'Interaction Homme-Machine" au laboratoire d'informatique de Grenoble. Des perspectives et une conception de l'innovation made in USA .

En quoi consistent les projets que vous avez présentés ?

Joseph Paradiso : J'ai présenté le grand défi du Media Lab : connecter les systèmes nerveux humains aux systèmes nerveux de capteurs électroniques dont la présence s’accroît partout dans les villes, les habitations privées... Certains de mes collègues, comme Edward Boyden, travaillent sur des interfaces cerveau-machine, un sujet passionnant, mais qui reste un projet d'avenir. À l’heure actuelle, nous examinons les différents moyens de visualiser des réseaux de capteurs dans un monde virtuel. L’an dernier, nous avons créé un modèle détaillé du Media Lab dans un environnement de jeu, afin que les données des capteurs s’affichent sous forme d'animations dans ce "Media Lab virtuel". Il est possible de rendre les murs transparents, d’observer la température de chaque bureau, les déplacements dans le Media Lab et d'avoir une idée des niveaux sonores. Si vous possédez un badge d’identification, vous pouvez voir les individus se déplacer dans le bâtiment.

Nous allons installer ce système à grande échelle au Media Lab , avec l’aide de Schneider ...

Quels sont les perspectives ouvertes par ces technologies ?

©Inria

Joseph Paradiso : Nous commençons à voir le monde virtuel comme un intermédiaire avec les données de capteurs. C’est également un outil crucial pour les responsables de construction ou de gestion de site. Nous avons travaillé avec de grandes entreprises du secteur de l’énergie sur la sécurité des employés. Nous travaillons aussi sur des capteurs destinés à l’économie d’énergie. Dans notre immeuble, nous avons installé une zone où l’air conditionné est contrôlé par un système relié à un appareil portatif qui mesure la température et vos déplacements, puis en déduit vos conditions de confort. Grâce à cela, nous avons réalisé environ 25 % d’économies d’énergie. Nous allons installer ce système à grande échelle au Media Lab , avec l’aide de Schneider , et nous allons également contrôler l’éclairage de manière automatique. Nous développons en outre beaucoup de dispositifs électroniques portables. Nous avons placé des capteurs portables sur les joueurs d’une grande équipe sportive américaine afin d’évaluer leurs performances et d’essayer de prévoir et d'empêcher les blessures. Nous travaillons sur des indicateurs portables utiles aux kinésithérapeutes et médecins sportifs.

Existe-t-il une différence culturelle entre l’Europe et les États-Unis dans l’adoption de ces technologies par les utilisateurs ?

Joseph Paradiso : Les Américains adorent les nouveaux gadgets. Ils aiment adopter de nouvelles technologies, mais n’ont souvent pas conscience du but recherché. Les Européens privilégient les applications utiles à tous. Les économies d’énergie en sont un bon exemple. Mais je pense que les deux approches sont appréciables. L’idéal est de conserver le meilleur de chacune des deux.

Pensez-vous qu’un produit avec des capteurs portables serait accepté en Europe ?

Joseph Paradiso : Oui, les Européens achèteraient ce genre de choses. Les équipes sportives du monde entier utilisent des technologies. Nike + est un exemple d’utilisation non professionnelle, inspirée par le travail que nous avons fourni sur les chaussures avec capteurs. Les utilisateurs peuvent observer leur perte de poids, leur vitesse de course… Il existe d’ores et déjà des bribes de technologie, mais nous n’en sommes qu’aux prémices. Je distingue déjà des marchés qui plairont aux consommateurs. Et la musique générée par le mouvement fait partie des choses qui m’intriguent. En 1997, nous avons placé les premiers capteurs dans des chaussures de danseurs et avons laissé la musique naître de leur danse. Nous pouvons aujourd’hui reproduire l’expérience avec un téléphone portable.

À l’avenir, à quoi ressemblerait un monde où les écrans seraient omniprésents ?

Joseph Paradiso : Nous posséderons probablement des écrans portables, comme des lunettes. Comment l’information viendra-t-elle à vous ? Par de multiples vecteurs : votre avatar personnel pourrait s’adresser directement à vous, ou des mots apparaître alors que vous marchez. Mais avant ces lunettes, je pense que nous utiliserons les écrans déjà présents dans l’environnement.

Joëlle Coutaz : « Les applications de l’intelligence ambiante sont sans limite »

Portrait - Joelle Coutaz

Coanimatrice du séminaire IN’Tech « Intelligence ambiante : évolution ou révolution », Joëlle Coutaz a orienté ses recherches à l’université Joseph Fourier de Grenoble sur les aspects logiciels de l’interaction homme-machine. Etat des lieux.

Comment s’est passé le séminaire IN’Tech sur l’intelligence ambiante ?

Joëlle Coutaz :   Nous avons eu une centaine de participants. Les acteurs de la région qui travaillent dans ce domaine ou commencent à l’explorer ont trouvé cette journée intéressante et enrichissante. Il y avait aussi des professionnels curieux, qui voient bien un futur avec l’interconnexion de machines et de services numériques.

Quelle est votre vision des technologies de l’intelligence ambiante ?

Joëlle Coutaz : Elles peuvent proposer des services adaptés en toutes circonstances à la personne, mais la réalisation technique suppose de relever de nombreux défis qui concernent divers métiers : l’informatique, les services, les réseaux... Il y a des dispositifs physiques à inventer, de grands logiciels à concevoir, des technologies à intégrer… Je voudrais que chacun puisse bientôt acheter des petits capteurs et composants que l’on assemblerait et programmerait soi-même, sans s’en rendre compte.
Il faut prévoir des usages avec l’aide de sociologues. Au départ, nous pensions "utile", mais dans nos sociétés on parle de plus en plus de "bien-être", de "désirable".

Quelles sont les applications actuelles de l’intelligence ambiante ?

Joëlle Coutaz : Des produits existent dans les domaines du maintien des personnes âgées à domicile, de l’économie d’énergie, de la sécurité et de l’immotique. Les applications à long terme sont sans limite ! Pour y arriver, il convient que les gens aient confiance dans les technologies et que les technologies respectent cette confiance.

Quel regard portez-vous sur les chercheurs américains dans le domaine de l’intelligence ambiante ?

Joëlle Coutaz : Les États-Unis sont leaders dans le domaine de l’informatique appliquée à l’intelligence ambiante. Mark Weiser a inventé le terme ubiquitous computing  en 1988, et l’Europe a suivi avec le projet The Disappearing Computer   en… 1998 ! L’Europe n’est pas mauvaise dans les idées, mais les Américains sont toujours très en avance dans la réalisation. Parce qu’ils obtiennent de gros financements de la part des industriels et parce qu’ils ont une approche interdisciplinaire. En France, la prise de risque est trop rarement au rendez-vous.

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