Sites Inria

English version

Objets communicants

Françoise Breton (*) - 16/01/2011

Bernard Tourancheau : Vers un monde d’objets interconnectés

Internet du futur : objets intelligents interconnectés, c’est le sujet du séminaire IN'Tech qui se déroulera le 20 janvier 2011 à Grenoble. Bernard Tourancheau, professeur à l’université de Lyon1 et membre de l’équipe SWING, organise cet événement qui permettra de mettre en contact les acteurs régionaux d’un domaine éminemment prometteur.

Pourquoi une rencontre sur l’internet des objets aujourd’hui ?

Bernard Tourancheau :  Nous sommes clairement dans une configuration technologique, économique et sociale favorable au déploiement de l’Internet des objets. Première raison : la conjonction de la miniaturisation toujours plus poussée des systèmes et du passage d’un seuil dans leurs coûts de production. Il est aujourd’hui possible de mettre un système de calcul, de mémoire et de communication sur une puce produite en masse à un coût extrêmement bas et de l’utiliser de façon efficace pour réaliser l’interconnexion d’objets.

Un autre changement contribue à mon sens à rendre effectif un marché convoité depuis une dizaine d’année par la domotique sans réel succès industriel. C’est la priorité dévolue aujourd’hui à la maîtrise de la consommation énergétique dans les bâtiments, ces derniers étant responsables de la moitié de la consommation énergétique au sein de l’OCDE. Là encore, il y a conjonction entre l’évolution de l’électronique qui permet de fournir à très bas coût les capteurs et actionneurs permettant les mesures de consommation énergétique et leur contrôle automatique, et le déploiement des connexions réseaux chez les particuliers (orangebox , freebox , etc.) qui fournissent un point de connexion aisé pour tous les objets de la domotique et des réseaux de distribution d’électricité intelligents (smart-grid ).

Les industriels sont-ils très présents sur ce créneau ?

Bernard Tourancheau :  Oui, l’Internet des objets est aujourd’hui une vraie problématique pour la gestion technique des bâtiments (GTB) par exemple, mais également de façon très large pour les télécommunications, l’électronique, l’industrie du contrôle, les opérateurs fournissant des services à distance mais aussi le secteur bancaire, avec la sécurisation des transactions et l’authentification indispensable à l’essor de l’Internet des objets. Preuve de cet engouement : le nombre de partenaires industriels (télécoms, électronique, réseaux, équipementiers, services, etc.) impliqués dans l’alliance Ipso (IP for smart objects ) pour la promotion de l’Internet des objets, alliance à laquelle participe également Inria. Un autre exemple est fourni par le gros projet industriel financé par Oséo , "Homes" (Habitat et bâtiment optimisé pour la maîtrise de l'énergie et les services), piloté par Schneider Electric et regroupant de nombreux partenaires. Son ambition est de réduire la consommation énergétique des bâtiments de 20%. Les aspects de ce projet concernant les objets communicants seront présentés au cours de notre journée du 20 janvier.                                                                        

Quel est l’objectif du séminaire IN’Tech du 20 janvier à Grenoble ?

Bernard Tourancheau :  Les rencontres sont destinées à mettre en réseau les acteurs de la région Rhône-Alpes autour de cette problématique. Les possibilités de nouvelles applications sont innombrables et les applications existant aujourd’hui, consistant par exemple à proposer des restaurants géolocalisés sur iphone , étaient inimaginables il y a seulement un an. De grandes firmes comme Cisco ou Schneider Electric participent au séminaire, mais aussi des PME très dynamiques dans le secteur : Watteco , qui travaille sur l’interconnexion des objets sur le courant porteur ; Karrus , start-up issue d'Inria qui développe des systèmes de régulation du trafic routier basés sur des réseaux de capteurs ; ou encore HiKoB dont l’exposé portera sur l’enregistrement des données physiologiques d’un coureur de marathon pour un retour technico-médical. Les technologies développées par ces start-up peuvent très facilement être mises à profit pour concevoir, par exemple, un système de suivi permanent de malade en ville ou pour proposer de nouveaux services aux automobilistes.

Quels sont les défis scientifiques à relever pour concrétiser l’Internet des objets ?  

Bernard Tourancheau :  Un élément incontournable pour que l’Internet des objets tienne ses promesses est d’assurer l’interopérabilité des objets, c’est-à-dire de faire en sorte que les centaines de milliards d’objets connectés par internet soient capables de dialoguer. Pour cela, il est impératif de dépasser les solutions propriétaires et de définir des standards. Deux équipes d’Inria contribuent à ce volet "certification" d’IPv6 et au moins 8 autres équipes contribuent aux autres aspects indissociables de la technologie : le développement de systèmes de communication sans fil ou sur le courant porteur, l’optimisation du routage, l’amélioration de la durée de vie des systèmes et l’accroissement de leur performance par des techniques d’agrégation de données, la sécurité, les middlewares  et les services associés.

« Avoir des retours d'expérience sur les nouveaux standards »

J'espère en particulier avoir l'occasion durant le séminaire de savoir comment les gens ont utilisé le nouveau standard de routage RPL. Ce standard a été officialisé récemment et nous souhaitons l'utiliser pour changer de « support » de communication (de couche physique) de façon transparente. C'est important pour nous car nous développons des systèmes utilisant le courant porteur et les radio-fréquences. Nos systèmes s’appliquent entre autres aux objets communicants et nous visons en premier lieu la domotique. Ce domaine - très en retard du point de vue standardisation - est en train de se connecter au monde informatique, ce qui permet d'utiliser IP, le protocole de communication d'internet, facilitant ainsi la création des systèmes et leur maintenance. La couche IP et le système de routage RPL vont nous permettre de combiner, dans la maison, des systèmes de commande sur courant porteur (pour la chaudière au sous-sol) et par radio-fréquence (pour la télécommande ou le capteur de température), de façon transparente pour les utilisateurs et les développeurs. C'est pourquoi le retour d'expérience des chercheurs et des autres industriels m'intéresse.

Michel Gaeta, directeur technique de Watteco 

Mots-clés : Séminaire IN'Tech Systèmes et services Centre de recherche Inria - Grenoble Réseaux Equipe SWING SensLab

Haut de page

Suivez Inria