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Entretien

FA (*) - 18/06/2018

Entretien avec Lauren Thevin : rendre accessible la réalité virtuelle et augmentée aux personnes avec déficience visuelle

© inria/ photo c. Morel

Lauren Thevin , actuellement postdoctorante au sein de l’équipe-projet Potioc cherche à rendre accessibles les technologies, notamment la réalité virtuelle et la réalité augmentée, aux personnes avec déficience visuelle. Elle présentera ses recherches au festival Futur.e.s au mois de juin à la Grande halle de la Villette à Paris et au mois de juillet à ESOF à Toulouse. 

Quel a été ton parcours avant d’arriver à Inria ?

J’ai fait une licence de Mathématiques appliquées aux sciences humaines et ensuite j’ai intégré l’école d’ingénieurs de cognitique - ENSC -  à Bordeaux. J’ai ensuite réalisé une thèse en informatique sur la collaboration humain-humain assistée par ordinateur, appliquée à la gestion de crise, à l’université de Grenoble ; l’objectif était de s’entraîner avec des scénarios "catastrophes" comme les inondations et d’analyser le comportement des personnes au regard de ce qui est était prévu dans la procédure initiale. Il s’agissait de vérifier par exemple si les personnes évacuaient bien les bonnes zones et en même temps d’évaluer si ce qui était prévu dans le plan était approprié à la situation en prévoyant bien d’évacuer les bonnes zones. J’ai ensuite travaillé six mois dans une entreprise automobile en UX design - user expérience design .

Que fais-tu maintenant au sein de l’équipe Potioc ?

Je suis postdoctorante, je fais de la recherche en réalité augmentée et en réalité virtuelle accessibles aux personnes déficientes visuelles.  

L’idée est de concevoir des outils qui utilisent d’autres sens que la vue comme l’ouïe et le toucher ; il faut ensuite trouver comment ces méthodes peuvent être intégrées dans "le monde réel".

En ce moment, je travaille sur un simulateur de croisement pour apprendre à des jeunes du CSES Alfred Payrelongue (Centre de soins et d’éducation spécialisée ) à traverser la voirie. Dans un premier temps, ils apprennent à analyser le carrefour dans un environnement sécurisé sans les voitures grâce à la réalité virtuelle, pour être ensuite opérationnel, dans un second temps, en situation réelle.

Que présentes-tu au festival Futur.e.s  à Paris en juin ?

Je ferai une présentation sur la question des interfaces non visibles ("transparentes", et autres que les interfaces strictement graphiques), soit toutes les interactions qui ne passent pas par les écrans : « Le futur des interfaces : des interfaces invisibles ? »
Elles permettent de s’interroger sur deux points :

  • D’une part a-t-on vraiment envie d’utiliser des interfaces qu’on ne voit pas ? A-t-on envie de ne pas savoir où parler ou préfère-t-on avoir un micro matérialisé pour savoir où placer sa bouche ? De plus une interface matérialisée permet de laisser des traces pour faire de la collaboration indirecte que cela soit dans un espace réel ou un espace de réalité virtuelle. En gestion de crise cela se fait pour indiquer : j’ai déjà fouillé cette maison, par exemple.
  • D’autre part l’interaction peut être pensée ou enrichie avec des éléments audio, haptiques, ou encore audio-tactiles pour la réalité virtuelle et la réalité augmentée – il s’agit de rajouter des éléments virtuels visuels ou non, éventuellement sur un objet réel visuel ou non. De manière générale, la réalité virtuelle et augmentée non strictement visuelle permet autant de questionner l’utilisation d’autres modalités sensorielles que d’adapter la réalité virtuelle pour les personnes malvoyantes ou aveugles. 

Aujourd’hui se couper de tous ces éléments complémentaires à la vue signifie laisser à la marge 10% de la population, ayant des déficiences visuelles…

Retrouvez Lauren Thevin pour sa présentation le vendredi 22 juin à 14h à la Grande halle de la Villette.

Que présentes-tu à ESOF - EuroScience Open Forum -  à Toulouse en juillet ?

Je parlerai de la question de l’égalité dans l’accessibilité aux technologies. Il existe aujourd’hui des technologies d'assistance qui rendent les contenus inaccessibles accessibles grâce à des outils spécifiques : un contenu initialement inapproprié devient "compatible" avec la déficience, par exemple en présentant des retours audio-tactiles comme une alternative aux modalités visuelles. Les technologies inclusives rendent un contenu accessible en même temps pour les personnes avec et sans déficiences : cela ouvre des portes pour une utilisation collaborative d'une technologie, mais ne la garantit pas.

Réalité augmentée audio-tactile pour rendre accessible des supports à des personnes avec une déficience visuelle.

Je présenterai une carte interactive accessible qui a été conçue, développée et testée avec l'Institut régional des sourds et aveugles de Bordeaux (IRSA), afin de permettre aux personnes malvoyantes d'explorer et d'apprendre les cartes géographiques. La première version de cette carte utilise la réalité augmentée pour augmenter une carte tactile en la rendant interactive (interaction tactile) et en proposant de la synthèse vocale pour décrire les éléments de la carte avec toutefois certaines limitations. Par exemple, pour une personne malvoyante, il est difficile de savoir quelles parties de la carte ont déjà été explorées, c'est pourquoi nous proposons une fonctionnalité de synthèse vocale pour informer l'utilisateur malvoyant s'il a exploré tous les éléments d'une carte et dans le cas contraire dans quelle direction est l'élément inexploré le plus proche (haut-bas/gauche-droite). Cette fonctionnalité a été améliorée pour permettre aux professeurs d’indiquer au système informatique le prochain élément à explorer par l’élève. Ce travail constitue la première étape vers la création d'une application collaborative accessible et inclusive avec un retour d'information individuel pour tous les utilisateurs sans interférence.

Mots-clés : Déficience visuelle Futur.e.s ESOF Réalité virtuelle Réalité augmentée

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