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Colloque MPS

Vanessa Cabet - 29/04/2016

Regards croisés sur les enjeux des sciences du numérique

Les travaux de Marcel-Paul Schützenberger ont aujourd’hui une résonnance dans tous les secteurs académiques et industriels : le numérique touche en effet tous les domaines. Un phénomène mis en lumière à l’occasion de deux tables rondes organisées par Inria, le CNRS et l’université de Bordeaux lors du colloque « L’héritage scientifique de Marcel-Paul Schützenberger » le 24 mars dernier. 

Vingt ans se sont écoulés depuis la disparition de Marcel-Paul Schützenberger, mathématicien et informaticien reconnu mondialement pour ses résultats scientifiques et un des membres fondateurs d’IRIA, devenu Inria. Ces deux décennies ont été décisives pour le développement des sciences du numérique et pour Inria en particulier. Aujourd’hui, tous les domaines de l’économie sont touchés par les progrès de l’informatique : les transports, l’éducation, les loisirs, la santé, le sport… « On parle aussi d’humanités numériques : les sciences humaines et sociales sont complètement révolutionnées par l’interaction avec les sciences informatiques » , a même soutenu Michel Bidoit, directeur de l’INS2I* lors de cet événement. Antoine Petit, P.-D.G. d’Inria  a rappelé à ce propos qu’ Inria « a des interactions aujourd’hui avec absolument tous les secteurs industriels et économiques. C’est une chance et cela suscite des opportunités pour créer de la valeur et des emplois. » En effet, cela n’aura échappé à personne : les technologies NBIC (Nanotechnologies,  biotechnologies, informatique et intelligence artificielle + robotique) permises grâce à la recherche dans le domaine des sciences du numérique vont  générer une forte augmentation de la croissance dans les prochaines années.

La France et la région Aquitaine sont d’ailleurs pleinement engagées dans cette « bataille de l’économie numérique » , explique Alain Rousset, président du conseil régional Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, dans sa tribune**. Ces transformations, du fait de leur ampleur et de la rapidité avec laquelle elles bouleversent notre monde, devront nécessairement s’accompagner de réflexions éthiques et philosophiques ainsi que d’une diffusion de la culture numérique. « Il est indispensable de progresser en matière de pédagogie et de partage du savoir à destination du grand public », Alain Rousset en est convaincu. « C’est l’objet de mon projet Université du futur : un outil nécessaire, urgent, stratégique pour accompagner les révolutions numériques. » Manuel Lunon de Lara, président de l’université de Bordeaux se félicite quant à lui du virage numérique qu’a su prendre l’université : « L’enseignement s’est vite adapté (et) on voit des initiatives qui sont très intéressantes dans le domaine du droit ou de la médecine par exemple »    et il conclut : « aujourd’hui on est en train d’écrire une autre page. »

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*INS2I : institut des sciences de l’information et de leurs interactions

** tribune à lire ci-dessous (encart)

L’innovation est au cœur de la politique régionale. Le développement exponentiel de l’informatique est un enjeu stratégique car l’économie numérique est un moteur de développement économique. La capacité des entreprises et des salariés à prendre le virage du numérique est absolument indispensable pour la pérennité de nos entreprises et de nos emplois. Notre rôle est de transformer les changements qui s’opèrent en opportunités de création de richesse et donc d’emplois. 

 L’informatique progresse à une vitesse stupéfiante. C’est la fameuse « loi de Moore » (doublement de puissance à coût constant tous les dix-huit mois). Un déploiement exponentiel, ce ne sont donc pas des tendances à croissance linéaire stable, mais des courbes de changement à décollage vertical. Les conséquences sont spectaculaires : par exemple la banalisation du séquençage ADN en santé, le Big Data , l’e-commerce, les systèmes de communication, l’intelligence non-biologique (IA), la robotique, etc… 

 Le neurone humain a cinq cents millions d’années. Le transistor qui compose l’ordinateur à peine soixante ans. Mais avec la loi de Moore il progresse plus vite que nous ! L’intelligence artificielle, associée à la robotique, va prendre une place considérable dans l’équation socio-économique.

 L’ordinateur le plus puissant (6 « pétaflops », soit 6 millions de milliards d’opérations par seconde) de la « grande région » est chez Total, à Pau. Il sert à faire de la modélisation des sous-sols pour la recherche pétrolière. Dans moins de dix ans les USA et la Chine atteindront « l’exaflop », 1 milliard de milliards d’opé/seconde. Ces progrès sont vertigineux, et nous obligent à rester à la pointe pour exister. 

 Les conséquences socio-économiques de la révolution informatique, nous les constatons tous les jours. Depuis le début des années 2000, nous assistons avec Internet et l’augmentation constante de la puissance de calcul au remplacement d’un monde par un autre, 100% connecté, 100% numérique. Des modèles économiques qu’on pensait pérennes pour l’éternité sont chaque jour remis en cause par de nouveaux acteurs du numérique. C’est une révolution « schumpetérienne ». Jamais l’humanité n’a été confrontée à d’aussi grands défis. 

Plus que jamais, l’innovation et l’anticipation doivent guider le politique. C’est la clé pour créer de la valeur, des emplois, et donc assurer la pérennité de notre modèle social. Les technologies « NBIC » (nanotechnologies, biotechnologies, informatique, et intelligence artificielle + robotique), boostées par l’informatique, vont générer beaucoup de croissance dans les prochaines décennies. À nous de devenir acteurs de ces nouveaux marchés. Nous avons tous les atouts pour le faire. 

Nous devons faire mieux dans trois domaines pour gagner la bataille de l’économie numérique : 1) Accès des entreprises au capital-risque. 2) Le capital humain. Nous formons à peine 25 000 ingénieurs par an en France, c’est insuffisant. Une seule université anglaise comme Oxford en forme 30 000. Nous devons réformer le système. 3) Il faut multiplier les incubateurs, ces lieux où les talents se rencontrent et échangent. 

Enfin il est indispensable de progresser en matière de pédagogie et de partage du savoir à destination du grand public. C’est l’objet de mon projet « Université du futur » : un outil nécessaire, urgent, stratégique pour accompagner les révolutions numériques. Nous passons en effet à une vitesse stupéfiante d’un ancien monde, qui paraissait immuable, à un nouveau monde 100% en mutation permanente auquel la plupart des citoyens ne comprennent plus rien. Donner une vision panoramique du nouveau monde, en débattre, créer des vocations et permettre à chacun de mieux anticiper l’avenir (notamment pour l’orientation des jeunes, car de nombreux métiers vont disparaître, remplacés par d’autres) seront les missions principales de « l’Université du futur ». 

Alain Rousset 

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