Sites Inria

Année Turing

Christophe Castro - 7/06/2012

Une (trop) brève histoire d’Alan Turing

© Inria

Comment raconter Turing ? Avec l’anniversaire de sa naissance, le 23 juin 1912, les récits biographiques se multiplient. Bien que sa vie ait été brève - il est décédé en 1954 -, il est régulièrement présenté comme l’un des génies du XXème siècle, et cela dans 3 domaines au moins : la logique mathématique, les sciences informatiques et la biologie. Trois domaines dans lesquels il a rédigé un article scientifique fondateur resté célèbre...

Pour mieux comprendre l’apport scientifique de Turing, il convient de le replacer dans un contexte beaucoup plus large, celui des sciences et des techniques de la première moitié du XXème siècle. Deux grandes familles d’innovateurs dialoguent, s’inspirent ou collaborent activement : les logiciens et mathématiciens, d’une part, et les ingénieurs et constructeurs de machines, d’autre part. Alan Turing appartient à la première lignée et élabore un « modèle universel du calcul ». Il décrit en 1936 sa célèbre « machine universelle », construction purement intellectuelle, dans son article : « On Computable Numbers, with an Application to the Entscheidungsproblem ».

Ces travaux le font remarquer et il rejoint l’Université de Princeton pour les développer. Mais il décide de revenir en Grande Bretagne en 1938 où les services secrets britanniques le recrutent. Il se consacre alors pleinement à des travaux de décodage de messages que l’armée allemande crypte avec la machine Enigma

Faut-il voir dans la machine de Turing le premier plan des futurs ordinateurs ? Elle est plutôt, comme le souligne le professeur Pierre Lévy, « un très ingénieux artifice de démonstration au sujet d’un problème de fondation des mathématiques. Ce n’est qu’après avoir vu fonctionner pendant la guerre des calculatrices électroniques ultra-rapides... que Turing en vint à donner un tout autre sens à la machine universelle. En l’occurrence, il en fit le support, non seulement possible, mais concrètement et facilement constructible d’une intelligence artificielle ».

En effet, dans son article « Computing Machinery and Intelligence (1950) », Alan Turing met en jeu la question du lien entre ce qui est calculable et ce qui est pensable. Cette réflexion est souvent résumée en « intelligence artificielle », par le « test de Turing » : l’expérimentateur dialogue en aveugle, par l’intermédiaire d’un dispositif technique, avec deux interlocuteurs dont l’un est, en fait, un ordinateur. Si l’expérimentateur est incapable de dire lequel des deux est un humain, on peut considérer que l’ordinateur et son programme ont réussi le test.

Un troisième apport majeur d’Alan Turing concerne les sciences de la vie et ses capacités d’auto-organisation. Il se passionne pour les processus de calcul susceptibles de générer des formes et écrit en 1951 The Chemical Basis of Morphogenesis. Là aussi, il semble se poser une question fondamentale et fondatrice : d’où viennent les formes du vivant ?

Pour tenter de présenter l’héritage d’Alan Turing sous ses principaux aspects - de la logique à la philosophie - Inria et l’ENS de Lyon organisent une conférence « L'héritage de la machine universelle d'Alan Turing », du 2 au 4 juillet, encore ouverte aux participations.

Haut de page

Suivez Inria tout au long de son 50e anniversaire et au-delà !