Sites Inria

English version

Bioinformatique

Damien Dechambre - 20/03/2014

Pl@ntNet, un an après le lancement, un projet en pleine croissance !

Lancée en 2013 à l’occasion du 50e salon de l’agriculture, l’application Pl@ntNet permet de collecter, d'annoter et de rechercher des images afin d'aider à l'identification des plantes via son smartphone. Fruit du travail collaboratif entre informaticiens et botanistes, Pl@ntNet a trouvé son public et même, dépassé les espérances de ses inventeurs. Rendre la botanique accessible à tous ne semble pas être un pari si fou que ça. Pierre Bonnet, coordinateur du projet pour le Cirad, et Alexis Joly, chercheur de l’équipe-projet Zenith d’Inria dressent un premier bilan de l’aventure Pl@ntNet et dévoilent les actions à venir.

Démarré en 2009, le projet Pl@ntNet, soutenu par Agropolis Fondation , réunit des scientifiques d’Inria, des partenaires : le Cirad, l’INRA, l’IRD et des botanistes professionnels et amateurs du réseau Tela Botanica. « Ce projet est une vraie aventure scientifique et humaine » pour Alexis Joly comme pour Pierre Bonnet. Une aventure qui a bien un objectif : offrir une plateforme collaborative et des outils pour faciliter le partage d’informations sur les plantes.

Pl@ntNet : des plantes et des hommes

Pl@ntNet est un système unique en son genre qui permet à ses utilisateurs de soumettre plusieurs photographies d’une même plante selon différentes vues détaillées de ses organes (fleur, feuille, fruit, écorce). Ces photos sont alors comparées automatiquement avec les images d’une base de données botanique permettant ainsi, de trouver le nom de l’espèce d'une plante à partir d’une liste de résultats. L’application Pl@ntNet compte désormais 80 000 téléchargements dans sa version iphone, lancée au début de l’année 2013. Pour sa version Androïd, sortie en janvier 2014, on recense déjà 3 600 téléchargements. « Entre 500 et 1 000 personnes par jour utilisent l’appli pendant l’été. Nous avons même jusqu’à 150 utilisations par jour en plein hiver ! Ces chiffres sont plus importants que ce que nous avions pu anticiper » précise Pierre Bonnet. Pl@ntNet, s’est enrichie des données recueillies par ses utilisateurs et par effet boule-de-neige, est devenue de plus en plus utilisée. « Au lancement l’application comptait un référentiel de la flore française à hauteur de 800 espèces. Aujourd’hui, Pl@ntNet recense près de 4 000 espèces et 86 000 images » détaille Alexis Joly. Malgré ces bons chiffres, les deux chercheurs, premiers surpris par cet engouement, se refusent à parler de succès. L’application Pl@ntNet n’aurait pas pu fonctionner aussi bien sans les progrès technologiques de ces deux  dernières années dans la téléphonie mobile. En effet, les smartphones de dernières générations réalisent entre autres des photos de très bonne qualité. Sans compter que le défi de départ était de taille « Présenter des données visuelles structurées aussi riches et se basant sur les feuilles, fleurs et tiges, de la majorité des espèces de la flore française ça n’existait pas » confie Pierre Bonnet.  

Rendre la nature interrogeable, redonner goût aux gens de s’y intéresser

Pl@ntNet intègre un système d'aide à l’identification automatique de plantes à partir de photos qui s’appuie sur le moteur de recherche visuel Ikona-maestro-pmh développé chez Inria initialement par l’équipe Imédia, puis amélioré dans le cadre du projet. Elle s'appuie aussi sur la force du réseau Tela Botanica pour enrichir la base de données exploitée ainsi que sur les données envoyées par de nombreux contributeurs amateurs étudiants, retraités, scolaires… « Nous sommes dans une démarche de production de connaissances collaborative, à l’image de Wikipedia. L’idée est que tout s’enrichisse grâce aux utilisateurs » expliquent Pierre et Alexis. Au delà de  la collecte de données, via cet aspect participatif, Pl@ntNet présente un intérêt tant pédagogique qu’écologique. « On pourra essayer de mesurer les impacts écologiques de phénomènes naturels, ou de l’activité humaine » précise Alexis Joly. Avec une application sur smartphone tout le monde peut faire des essais, peut contribuer. Pl@ntNet est ainsi un bon vecteur pour sensibiliser le public sur la flore qui les entoure, mais aussi sur des problématiques liées aux plantes invasives, allergènes… Et cette sensibilisation passe par des actions concrètes telles l’organisation d’animations, la participation à la fête de la sciences et d’autres événements... Aussi l’équipe du projet a investi les réseaux sociaux et s’implique auprès des écoles, des médiathèques et travaille à des collaborations avec les jardins botaniques.« Nous accompagnons actuellement des écoles sur des projets d’herbiers numériques à l’échelle d’une classe. Le professeur et sa classe contribuent ainsi concrètement à un projet de recherche pour lequel ils peuvent bénéficier d'un produit fini. Grâce à cet échange, nous souhaitons collecter de nombreuses données botaniques sur lesquelles nous pourrons travailler. » explique Pierre Bonnet.

De la germination à la croissance, Pl@ntNet poursuit ses développements

En un an d’existence, l’application s’est beaucoup développée. Elle intègre désormais, par exemple, beaucoup plus d'informations sur les dates de floraison. Et si Pl@ntNet trouve écho en France, avec 74 % des utilisateurs, il pourrait bien en être de même à l’international. Actuellement, les chercheurs travaillent sur une version multilingue, bientôt disponible en 5 langues. « En fonction, de la langue du téléphone, l’application proposera le nom des plantes dans la langue du pays » explique Alexis Joly. De ce fait, d’abord centrée sur la taxonomie de la flore de France, Pl@ntNet va s’ouvrir à d’autres zones floristiques. Le prochain défi concerne la flore tropicale, un défi de taille dans tous les sens du terme puisque les motifs floraux, de plus grandes tailles, sont bien plus nombreux et divers et que la couverture 3G des zones tropicales n’est pas aussi stables dans certaines régions qu'en Europe… Les chercheurs s’intéressent également aux plantes invasives, dont l’impact environnemental comme économique est encore négligé.

Nous sommes passés du contexte du guide naturaliste à celui des applis naturalistes

Ne l’oublions pas Pl@ntNet est l’œuvre d’un projet scientifique qui vise à produire de nouvelles méthodes et jeux de données, se basant sur les plantes, pertinents pour des travaux en écologie. Grâce aux données recueillies, le projet Pl@ntNet s’inscrit dans les démarches du forum « Life CLEF ». Ce forum réunit des chercheurs du monde entier qu’ils soient informaticiens, biologistes, spécialistes du traitement d’images, bio-acousticiens... Une problématique commune les rassemble : évaluer la pertinence des approches multimédias pour l’aide à l’identification d’organismes vivants à partir de données sociales. Le sujet de leur travaux prend en compte des données recueillies sur le terrain par des milliers d'utilisateurs avec toute la variabilité que cela implique tant en acquisition, qu’en qualité et volume de données. « Avec Pl@ntNet, nous sommes sur des mécanismes qu'on évalue sur des milliers d’espèces et qui s’enrichissent de jour en jour grâce aux contributeurs sur le terrain. » explique Pierre Bonnet. Le forum « Life CLEF 2014 » met au centre des études les données concernant les oiseaux,les poissons, et pour la 4è année consécutive, les plantes.

De nombreux autres challenges restent à relever et pas des moindres, comme l’explique Pierre Bonnet « L’application mobilise aujourd’hui beaucoup de données. Une des difficultés va être de maintenir un niveau de stabilité et de fluidité pour faire progresser l’application avec un nombre d’utilisateurs croissant ». L’équipe en évalue également les potentialités sur des flores beaucoup plus riches et complexes que sont les flores tropicales. C’est sans doute l’un des plus gros enjeux auquel doit encore faire face le projet. La richesse et la diversité visuelle des plantes au niveau mondial est si  importante que de nombreux travaux doivent encore être menés pour les rendre interrogeable par le plus grand nombre. Mais une brèche est ouverte, la démocratisation de l’identification des plantes est en route !

Mots-clés : Botanique Pl@ntNet Bioinformatique

Haut de page

Suivez Inria