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Economie et commerce

Jean-Luc Beylat, Christophe Castro - 24/10/2012

Le logiciel libre, une opportunité pour les mondes académiques et économiques

Open World Forum Open World Forum - By Open World Forum (CC BY-SA 2.0) http://www.flickr.com/photos/67985356@N07/

Le logiciel libre se porte bien, et même très bien ! Avec une croissance annuelle de 30 % et un CA d’environ 2,5 milliards d’euros, il devrait créer près de 10 000 emplois dans les 3 ans. Pas étonnant qu’il reçoive un soutien marqué du nouveau gouvernement, avec la récente circulaire Ayrault qui le recommande à ses administrations. Quant aux PME et grandes entreprises françaises, elles peuvent aussi en tirer parti comme l’explique Jean-Luc Beylat*.

*Jean-Luc Beylat est membre du conseil d’administration d’Inria, Président d’Alcatel-Lucent Bell Labs France, Président du pôle de compétitivité Systematic Paris-Région (organisateur de l’Open World Forum 2012).

« Il y a une puissante dynamique autour du logiciel libre  dans les PME et les grandes entreprises, comme on l’a constaté à l’Open World Forum 2012 », souligne Jean-Luc Beylat, « et je constate le même engouement dans la communauté du pôle de compétitivité Systematic ». Ce cluster regroupe 380 PME, 25 Entreprises de Taille Intermédiaire, 116 établissements de grandes entreprises ainsi que plus d’une centaine de structures de recherche académique : « le groupe thématique du logiciel libre compte plus d’une centaine de membres. Il réunit des grands groupes, des PME et des acteurs académiques... Ensemble, ils ont développé plus d’une trentaine de projets collaboratifs  de recherche et de développement. En 5 ans, l’investissement privé-public a avoisiné les 150 millions d’euros ».

Depuis son apparition dans les années 80, le logiciel libre ou Open source* * a connu un succès grandissant : « pour prendre l’exemple d’Alcatel-Lucent, plus de 50% des lignes de code sont issues du libre », explique Jean-Luc Beylat. Pour lui, le libre a connu trois étapes dans les grandes entreprises : « au début, c’est l’aspect économique et la curiosité qui prévalaient. La seconde étape a été plus structurante et marquée par la volonté de s’affranchir des modèles - voire des machines - propriétaires. La demande des clients étant d’aller vers des modèles non propriétaires et flexibles ».

La troisième vague est celle du moment : « la communauté du libre a atteint une telle taille qu’elle constitue un espace d’innovation extrêmement rapide et puissant. Les évolutions techniques qui en résultent sont souvent en avance sur celles proposées dans les systèmes fermés ». Ce modèle d’innovation  ouverte ou collaborative bénéficie aux couches logicielles qui sont développées par la communauté. « C’est un motif d’intérêt supplémentaire pour les grands entreprises. Le revers, c’est qu’avant elles n’avaient en interne que 2 ou 3 experts qui avaient un rôle d’évangélisation et de soutien. Mais les développements open source sont devenus tellement décentralisés qu’ils demandent à être administrés de façon plus collective au sein de l’entreprise. » Ce besoin de partager des bonnes pratiques concernant la gestion des ressources libres, a été un des thèmes importants discutés pendant l’Open World Forum.

Les PME ont des opportunités à saisir

Pour les PME, Jean-Luc Beylat préconise de raisonner en termes d’opportunités : « l’heure d’un certain isolement du libre n’est plus d’actualité. Les plateformes logicielles se sont largement affranchies des dépendances ». Cela ouvre des opportunités d’innovation : « on peut presque tout faire avec le libre et on ne trouve certaines réalisations que dans le libre ». D’un point de vue commercial, les opportunités pour les PME sont également importantes : « le libre est un point d’entrée et un sujet d’échanges avec les grandes entreprises. Et sur des marchés publics, c’est un élément de différenciation positif », souligne Jean-Luc Beylat. Pour preuve, plusieurs acteurs du pôle Systematic ont gagné des marchés importants pendant l’OWF 2012.

Comment se présente l’avenir ? « On va voir de grands modèles se métamorphoser parce qu’ils sont en train de s’affranchir des empreintes propriétaires pour évoluer très vite vers un espace de co-création de nouveaux services et donc de valeur collective. Dans ce cadre, Inria est un acteur important, qui dispose d’une bonne proximité entre les mondes académiques et économiques. Pour ne citer qu’un exemple, l'Initiative pour la Recherche et Innovation en Logiciel Libre (IRILL), dirigée par Roberto Di Cosmo, développe à la fois un savoir fondamental et des bonnes pratiques. Très clairement, le logiciel libre est un espace d’impact pour les chercheurs d’Inria ».

**Logiciel libre et logiciel open source : quelle différence ? L’appellation «libre» correspond  à la volonté deRichard Stallman de promouvoir la valeur éthique de cette démarche, au niveau sociétal. Plus restrictive, l’appellation «open source», prônée par Eric Raymond, se cantonne à en souligner les avantages techniques, au niveau industriel.»

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