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Ville numérique

Marie Varandat - 18/10/2011

La ville de demain sera conçue pour l’humain

© Inria / Photo S. Tetu - La Company

Etalement des villes, pavillonnaire, grosses voitures et hypermarché… le modèle dominant issu de l’imaginaire des années 1950 n’est plus adapté aux défis de notre temps. L’heure est venue de repenser la ville. Débat entre Michel Parent, chercheur Inria et Roland Castro, architecte et urbaniste.

Michel Parent : Telle que nous la connaissons aujourd’hui, la ville a été imaginée pour l’automobile. Tout l’espace lui est réservé. A contrario, la ville de demain sera conçue pour l’humain. Elle rendra la rue aux piétons. Les trottoirs et les places de parking disparaîtront au profit de lieux facilitant les échanges, la mixité sociale et les relations entre les générations. On pourra y trouver des jardins où les habitants des quartiers seront en mesure de cultiver de façon collégiale, des espaces dédiés aux activités ludiques ou sportives pour tous les âges.

Ro land Castro :  La ville de demain, telle que je la conçois, sera en effet plus « poilue » : plus de jardins potagers, plus de parcs. L’homme a besoin de ce rapport à la nature. Il est apaisant. Si la place manque à l’horizontale, les jardins et potagers se construiront à la verticale ou encore sur les toits afin que la ville arrête d’empiéter systématiquement sur les terres agricoles. Au-delà de cette problématique, imaginer la ville de demain pose aussi une véritable question de civilisation. Il faut en finir avec les territoires hachés,  les endroits invivables qui côtoient les lieux merveilleux... pour retrouver une bonne urbanité ! Dans cette optique, au regard des inégalités produites par l’économie de marché, l’avenir de la ville ne peut pas être laissé aux défenseurs de l’économie libérale. Pour ma part, je milite pour une ville dans laquelle, au niveau physique comme spatial, n’importe quel quartier en vaudrait un autre. Il faut arrêter de construire des zones - industrielles, commerciales - et évoluer vers des projets fondés sur des valeurs collectives. Aujourd’hui, trop de territoires s’ignorent !

Plus le virtuel se développe... plus l’endroit dans lequel on habite devient important.

Michel Parent : Dans le même ordre d’idée, il faut recréer des liens entre les générations dans les villes. A titre d’exemple, je travaille actuellement sur un projet de promotion et d’expérimentation d’un concept de communauté d’habitations autogérées, en collaboration avec l’association CIGALES (Communautés interGénérationnelles pour l’Accession au Logement et à l’Entraide Sociale). Ce concept est assez simple. De jeunes seniors financent des lotissements qu’ils habiteront pour partie, les habitations restantes étant destinées à la location par des jeunes, à des prix abordables. En contrepartie de l’avantage financier, ces jeunes apportent des services à la génération des plus âgés, notamment aux personnes dépendantes. Les seniors peuvent, quant à eux, rendre des services utiles, notamment aux jeunes parents, en accompagnant les enfants à la crèche ou à l’école, en les gardant le soir.

Roland Castro :  Parallèlement, les lieux d’habitation doivent être repensés en fonction de l’évolution du monde numérique. Plus le virtuel se développe, plus on passe de temps chez soi, plus l’endroit dans lequel on habite devient important. C’est même le problème fondamental des villes de demain.

Michel Parent : Cette vision de l’avenir de la ville n’a rien d’une utopie ! Il suffit que suffisamment de personnes se mobilisent sur le sujet pour que la prise de conscience soit effective et que ces évolutions prennent forme.  Mais l’évènement d’une ville où l’espace serait optimisé pour les humains et non plus pour les voitures exige bien sûr de reconsidérer la question des transports. La remise en cause de l’étalement urbain et des zones dédiées à tel ou tel type d’activité constitue en soi un axe d’évolution. Le regroupement des commerces, des lieux de travail et d’habitations dans des espaces harmonieux diminuerait naturellement les déplacements. Quant à la voiture, les villes concentrent de plus en plus de population et il n’y a tout simplement plus assez de place pour que chacun puisse utiliser son véhicule personnel pour circuler ou se garer. Il est de plus en plus évident que ce mode de transport devra disparaître, au moins partiellement.

Roland Castro :  De ce fait, l’auto-partage fera partie intégrante de la ville du futur. C’est d’autant plus sain et inéluctable que plus on est "pauvre," plus le marqueur social que constitue la possession d’un véhicule est coûteux. Mais la ville ne se résume pas à des problématiques d’économies, de systèmes et de rationalités. C’est aussi et surtout une question de bien-être et d’harmonie. Raison pour laquelle je préfère les transports « doux » qui perturbent moins la poétique de la ville, tels les tramways en lieu et place des bus ou la navigation fluviale.

... appliquer à la ville moderne les recettes simples qui faisaient autrefois le charme des villes.

Michel Parent :  Dans cette perspective, le projet Cybercar développé avec Inria apporte une réponse. Complètement automatisée, cette voiture à usage personnel a été conçue pour répondre à l’une des problématiques du partage : comme pour le vélo actuellement, il faudra redistribuer les voitures dans les villes. Sachant qu’une voiture louée équivaut, en moyenne, à 20 voitures personnelles garées en moins, la robotisation est une composante essentielle de la solution. Les tests menés à La Rochelle, en Charentes-Maritimes, prouvent que les gens apprécient la lenteur, la simplicité et la sûreté des cybercars ! De nombreux utilisateurs ont d’ailleurs adopté ce mode de transport au détriment de leur voiture personnelle. De plus, les cybercars utilisent des technologies qui réduisent la pollution atmosphérique et sonore, contribuant ainsi à une meilleure harmonie. Cette illustration montre tout l’avantage qu’il y aurait à développer le partage dans les transports. Mais sa généralisation va être difficile, tout autant qu’il l’a été de passer du cheval à la voiture. Cependant, dès que l’on propose des alternatives plus pratiques et moins chères, les gens ne se trompent pas.

Roland Castro : Au bout du compte, il faut appliquer à la ville moderne les recettes simples qui faisaient autrefois le charme des villes. Je conçois toujours mes projets comme si j’étais un promeneur, attentif au moindre détail qui fait du sens, sans le moindre esprit de système, et en pensant toujours au bien-être de l’individu, à la singularité du lien, à la « dénormalisation » des choses… et surtout pas aux voitures !

Mots-clés : Ville numérique Agglomération Urbanisme Transports publics Route automatisée Michel Parent Roland Castro Cybercar Cycab

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