Sites Inria

English version

Evènement

Laurence Hermant - 29/04/2013

Trois questions à Atau Tanaka

Atau Tanaka, Professeur de Media Computing au sein de Goldsmiths, Université de Londres, est co-responsable du programme de démonstrations proposé dans l'espace "Interactivity" de CHI 2013. Il nous donne son point de vue.

Vous avez été invité à sélectionner des démonstrations pour le programme « interactivité » de la conférence CHI 2013 en qualité d'artiste et expert dans le domaine de la technologie et de la musique. Cette conférence est-elle également réputée dans la sphère artistique ? Pour quelles raisons ?

En tant que conférence scientifique, CHI a toujours été à la jonction entre la créativité et la recherche en interaction homme-machine. Dans la sphère artistique, l'art médiatique interactif est un domaine apparenté, mais il ne faut pas les confondre. Parfois, cet amalgame peut engendrer de faux espoirs. En revanche, lorsqu'il est fructueux, les frontières s'estompent et sont source d'innovation dans les deux domaines. Toutefois, très peu de chercheurs ou d'artistes franchissent ces limites et sont capables de présenter leur travail dans les deux contextes. Hiroshi Ishii, éminence de la recherche en interaction contextuelle, me vient à l'esprit. Son œuvre a été exposée dans le cadre du festival Ars Electronica. Autre exemple : Thecla Schiphorst est chorégraphe et pionnière de la danse interactive. Elle publie régulièrement des articles scientifiques dans le cadre de la CHI.

Pour cette édition, avez-vous découvert de nouvelles tendances ou des projets de recherche susceptibles de révolutionner l'interface homme-machine ? Dans le domaine de l'art ? Voyez-vous des défis particuliers ?

Je pense que cette année, la sensation du toucher – ou son absence – est un thème émergeant. Deux projets impliquent une interaction par pression, notamment avec des objets familiers tels qu'un ours en peluche. Un autre projet présente l’étreinte sous forme d'interaction intuitive comme une interface efficace pour les enfants handicapés. Dans d'autres projets qui traitent de la mode interactive, la proximité de quelqu'un peut changer les caractéristiques des vêtements intelligents, de façon subtile par modification de l'éclairage, ou de façon violente par des mouvements brusques. La dynamique d'interaction intègre jusqu’à la simple éventualité d'un contact réel ou non.

D'après vous, comment les liens entre la recherche sur l'interface homme-machine et la création artistique vont-ils évoluer ?

L'IHM et les œuvres en nouveaux médias vont poursuivre leur évolution parallèle et se chevaucher de temps à autre. Dans les deux domaines, la véritable évolution consiste à assimiler de plus en plus tous les aspects de la vie en général. De nos jours, la conception interactive est intégrée à tous les produits commerciaux. Ce qui était jusqu'alors un domaine de recherche scientifique passe de la théorie à la pratique en un temps record grâce aux applications industrielles. Il en va de même pour les nouveaux médias. Ils n'existent plus en tant que branche isolée de l'art. Les éléments médiatiques, qu'il s'agisse de vidéo, d'Internet ou de programmation, infiltrent de plus en plus la pratique de l'art contemporain. Dans le même temps, les usages créatifs de la technologie se sont démocratisés, comme le montre le mouvement DIY (Do-It-Yourself, « faites-le vous-même ») qui regroupe des individus explorant la puissance créative des technologies sans prétention artistique aucune. Dans tous ces domaines, j'ai le sentiment que la rigueur de la méthode scientifique est essentielle pour libérer originalité et créativité. 

Haut de page

Suivez Inria