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Année Turing

Anne Canteaut, Christophe Castro - 14/06/2012

Alan Turing et la naissance de la cryptographie moderne

Année Alan Turing © Getty

Dès 1936, les exceptionnelles compétences en mathématiques et en logique d’Alan Turing sont remarquées lorsqu’il présente sa « machine universelle » - une construction intellectuelle, certes, mais capable de simuler toutes les machines à traiter des informations. Il est recruté par les services secrets britanniques en 1939 et rejoint leurs équipes de décryptage dont il deviendra l’un des directeurs scientifiques.

En 1933, les mathématiciens polonais Marian Rejewski, Jerzy Różycki et Henryk Zygalski avaient percé certains secrets d'Enigma - une machine à écrire très spéciale, capable de crypter un message que l’on tape sur son clavier. Mais en 1939, peu de temps avant d’envahir la Pologne, les Allemands complexifient leur machine… Turing intègre alors les services secrets britanniques  installés à Bletchley Park et constitués de plus de 7 000 personnes pour se consacrer, de 1939 à 1945, à des travaux de cryptologie sur Enigma. En 1942, il effectue un bref voyage aux Etats-Unis pour participer au décryptage d’une des versions d’Enigma, alors utilisée par les Japonais.

Comme l’explique Anne Canteaut, chercheuse en cryptologie  et responsable de l’équipe de recherche Secret, à Inria (Paris-Rocquencourt) : « Enigma se présente comme une machine à  écrire, avec un clavier sur lequel on tape successivement les lettres du message de départ, non chiffré, et un tableau lumineux où s’allument les lettres chiffrées correspondantes. Il suffit de recopier les lettres éclairées  pour obtenir le message chiffré ». (Une petite application simulant le fonctionnement d’Enigma est accessible sur Internet.)

Sur le plan technique, Enigma est une machine électromécanique servant à chiffrer et à déchiffrer un message  : la pression sur une touche entraînant la rotation d’un ou plusieurs rotors. « Pour tester le million de possibilités, Alan Turing fit construire des machines électromécaniques appelées « bombes », reproduisant les rotors d’Enigma et permettant d’essayer en parallèle jusqu’à 20 000 configurations par seconde. Une fois la position des rotors déterminée, il devenait possible de décrypter une partie du message », poursuit Anne Canteaut.

En plus des « bombes cryptographiques », bien adaptées au décryptage des messages Enigma, une autre machine sera construite en 1943 au Bletchley Park : le Colossus. Optimisé pour le déchiffrement du code de Lorentz, ce monstre de 2 400 tubes électroniques réalisait 5 000 opérations par seconde. Le premier calculateur binaire jamais construit ! Dès lors les chemins de la cryptologie et de l’informatique ne devaient plus se séparer...

Retrouvez l'intégralité de cet article dans la Revue Docsciences spécial Turing (juin 2012)

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