Information scientifique & technique

Inria, un acteur historique du libre accès

Jacques Millet

La politique de libre accès est l’un des axes de réflexion prospective d’Inria et de bien d’autres instituts en matière de publications scientifiques. Cette politique s’appuie sur l'approche visant à donner libre accès à la production scientifique des équipes de recherche.

Entretien avec Jacques Millet, délégué à l’information scientifique et technique, à la Direction de la recherche.

Où se situe aujourd'hui Inria dans le mouvement du libre accès ?

Jacques Millet : Inria est un acteur historique du libre accès. Fin 2009, l'institut a organisé la conférence annuelle de Berlin sur le libre accès aux résultats de la science, une occasion pour la France et pour Inria en particulier, de faire le point sur les avancées institutionnelles comparables en Europe et ailleurs dans le monde. Là encore, la situation d’Inria n’est pas marginale. L’institut s’investit pleinement dans les nouveaux modes de publication scientifique offerts par les archives ouvertes et les services associés. Dans les classements internationaux des archives ouvertes, Inria vient en seconde place en terme de visibilité thématique, et en 7e place en terme de visibilité institutionnelle, derrière le CNRS. La politique d’incitation d'Inria a donc permis une plus grande visibilité de nos équipes de recherche et de leurs résultats scientifiques. Près de 40% des publications d’audience internationale d'Inria sont librement accessibles dans HAL-Inria, résultat remarquable même si l’intégralité de la production de nos équipes-projets en libre accès demeure l’objectif poursuivi à moyen terme.

Quelle est la position de la communauté scientifique vis-à-vis des nouveaux modèles économiques élaborés autour de la publication ?

J.M. : Il y a de grands débats assez passionnés sur ces modèles qui opposent les différents acteurs de l’édition scientifique. La publication scientifique s’inscrit dans un marché mondialisé, au-delà des approches exclusivement thématiques ou territoriales. Il serait d’autre part abusif de compter pour négligeable la véritable valeur ajoutée que concentrent les éditeurs scientifiques (consolidation de contenus et services étendus). Les éditeurs investissent un véritable capital scientifique, constitué souvent sur le long terme, avec la collaboration active de chercheurs qui valorise les résultats scientifiques en leur donnant une visibilité concurrentielle. Et les outils de cette visibilité scientifique sont souvent ramenés à la conjonction du facteur d’impact des revues et du taux de citations reçues par les contributions des chercheurs – paramètres qui à leur tour influe sur la valeur économique du support éditorial. C’est ce modèle que le développement des archives ouvertes remet en question, tant du point de vue de l’impact scientifique que de l’économie de la recherche académique.

Quelles sont les actions communes entreprises avec nos partenaires académiques ?

J.M. : Il y a près de 5 ans, les grands organismes et les universités ont signé un protocole d’accord pour faire de HAL la plateforme commune de dépôt des publications scientifiques. Les établissements pouvaient cependant développer leur propre archive, dans la mesure où ils reversaient une part significative de son contenu dans l’infrastructure commune HAL. Cet accord n’a pas été renouvelé à son échéance, essentiellement en raison de la gouvernance de l’outil commun par le CNRS, qui l’a créé et développé depuis l’origine, et aujourd’hui en passe d’être partagée avec d’autres acteurs de son usage institutionnel...

Quelle sont les actions concrètes traduisent cet engagement ?

J.M. : Toutes les institutions de recherche sont tentées de franchir le pas de l’obligation statutaire de dépôt dans l’archive HAL et Inria n’y a pas fait exception. Mais la communication que nous avons privilégiée s’est appuyée sur le développement de services intégrés au portail HAL-Inria (exports pour le rapport d’activité, affichage dynamique des publications dans une page Web…) qui répondent à l’environnement du chercheur, environnement technique bien sûr, mais également celui de l’évaluation scientifique (AERES en particulier). Cette politique incitative vise à personnaliser les domaines de recherche d’Inria sur un corpus cohérent de résultats scientifiques, cohérence tant documentaire (par le contrôle des métadonnées associées aux dépôts) qu’éditoriale, dans la mesure où HAL-Inria tend à devenir le principal vecteur d’alimentation du système d’information scientifique de l’institut pour le signalement et l’accès aux publications de ses équipes-projets.

Les archives ouvertes peuvent-elles rééquilibrer l’accès à cette information scientifique ?

J.M. : A mon avis, les communautés scientifiques disposent aujourd’hui d’atouts forts dans la valorisation du patrimoine scientifique dont ils sont les premiers artisans, y compris dans l’élaboration d’un partenariat renouvelé avec les éditeurs qui sont eux-mêmes de plus en plus réceptifs aux avancées du libre accès. C'est ce que l'initiative européenne PEER (Publishing and the Ecology of European Research) tente de démontrer, et dont l’Inria est partie prenante. PEER représente déjà une sorte de modèle éditorial expérimental où le libre accès constitue la force d’appel, en terme d’accès à l’information scientifique certes, mais également de valorisation éditoriale.

A suivre...

Berlin 8 va cette année prendre place à Beijing sous le patronage de l’Académie chinoise des sciences. Cette conférence annuelle a pour but d’évaluer les avancées accomplies par les établissements de recherche sur le front du libre accès (nouveaux supports éditoriaux, services étendus apportés aux chercheurs, politiques convergentes des financeurs publics…). 

Mots-clés : PEER Publications Open Access Libre accès Europe Publications scientifiques

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