Afrique & Moyen-Orient

Le dynamisme d'une collaboration récompensé

CARI 2010 à Paris

Au fil des années des relations étroites entre les chercheurs Inria et les chercheurs du Maghreb et de l’Afrique sub saharienne se sont créées. L’institut a contribué à l’émergence d’une communauté d’informaticiens et de mathématiciens et à sa structuration en réseau. Aujourd’hui, Inria met en place des modes de collaboration plus adaptés aux besoins d’équipes performantes, ouvrant la voie à un véritable partenariat. 

Renforcer les collaborations nord/sud

Marie-Claude Sance

« Tout a commencé avec le colloque CARI dont nous fêtons la 10e édition en 2010 », explique Marie-Claude Sance-Plouchart, responsable de la zone Afrique et Moyen Orient. « Cette manifestation et les programmes et projets qui ont suivi (Sarima,revue Arima) ont permis aux chercheurs du continent de se découvrir et de créer une réelle communauté de mathématiciens et d’informaticiens, très dynamique et ouverte sur l’Europe. Cela rend la recherche en Afrique plus attractive pour les étudiants et les jeunes chercheurs. » Ces programmes ont renforcé une structure en réseau des pôles d’excellence en s’appuyant sur des thèses en co-tutelle ou co-encadrement. Les équipes africaines ont ainsi pu atteindre une taille critique. « Au cours des deux dernières années, nous avons franchi un nouveau seuil en mettant sur pied des programmes multilatéraux dans lesquels les pays africains sont des partenaires à part entière, c’est-à-dire même au niveau financier. Nous sommes passés de la coopération au partenariat » Et c’est en effet une grande première : les universités des pays participant aux programmes abondent un fonds permettant de financer les voyages de leurs ressortissants dans un laboratoire étranger et le séjour des chercheurs invités, au même titre que leurs homologues européens.

C’est le cas du programme EuroMéditerranée 3+3, qui court depuis 2005, et du Laboratoire international de recherche en informatique et mathématiques appliquées (LIRIMA) créé en 2009. « Le Lirima est très novateur. Il est structuré comme un laboratoire international. Il est dirigé par un scientifique camerounais de renommée mondiale, Maurice Tchuenté, avec pour adjointe la mathématicienne marocaine Rajae Aboulaïch qui est membre fondatrice de la Société marocaine de mathématiques appliquées (SM2A) et du réseau maghrébin Tendances dans les applications mathématiques en Tunisie, Algérie, Maroc (Tamtam). » De quoi asseoir la crédibilité du Laboratoire et assurer sa visibilité internationale. Prochaine étape : ouvrir plus largement cette communauté aux pays africains anglophones et au reste de l’Europe, et convaincre les gouvernements africains d’assurer le financement du colloque Cari, qui reste la manifestation incontournable pour rencontrer ses collègues sur le continent.

EuroMéditerranée 3+3 : vers davantage de coopération régionale

Le programme EuroMéditerranée 3+3 a pour objectif de renforcer des projets de recherche collaborative entre des chercheurs appartenant aux différentes structures de recherche des Parties du Consortium, situées dans l’espace méditerranéen en  soutenant des mobilités et l’organisation de rencontres communes. Le Consortium EuroMéditerranée 3+3 est composée actuellement de 14 partneraires :

  • Algérie : Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Rrecherche Scientifique (MESRS  ;
  • France : Inria, INRA, CIRAD ;
  • Italie : Politechnico di Milano (POLIMI); Univ. de Cassino;  CNR; Univ. de Pise ;
  • Maroc : Centre National de la Recherche Scientifique et Technique (CNRST) ;
  • Espagne : BCAM; Univ. Deusto; Madrid Institut for Advanced Studies (IMDEA);Univ. Malaga ;
  • Tunisie : Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (MESRS).

Afin d’élargir les échanges entre les pays du bassin méditerranéen, le Consortium considérera favorablement la possibilité d’accueillir dans les projets des partenaires d’Egypte et de Grèce (la Direction des relations internationales peut vous aider à identifier des partenaires potentiels en Egypte). Les projets qui inclueront des partenaires égyptiens ou grecs dans leur réseau seront dotés d’un soutien financier plus important, correspondant à la prise en charge des échanges prévus entre l’Egypte ou la Grèce, et les autres partenaires du Projet.

Les projets sont sélectionnés pour une durée de 4 ans, avec une évaluation à mi-parcours. Les budgets sont alloués sur une base annuelle. Les règles de prise en charge des mobilités sont les suivantes : chaque partenaire prend à sa charge les frais de voyage de ses chercheurs, ainsi que les frais de séjour de ses invités.

Les projets soumis seront évalués par des experts scientifiques indépendants, et la sélection finale sera faite par le Comité mixte composé des représentants des Relations Internationales et des Départements de la Recherche des différents partenaires du Consortium.

SARIMA : de la suite dans les idées

SARIMA I fut un projet initié par Inria et le CIMPA, porté par le Ministère des Affaires Etrangères et Européennes et financé par le Fonds de solidarité prioritaire. Il a été animé par un Groupement d’Intérêt Scientifique (GIS SARIMA). Courant de 2004 à 2008, il s’est fortement appuyé sur les acquis du réseau Cari, avec pour objectif de consolider durablement les capacités scientifiques en informatique et en mathématiques appliquées en Afrique. Au bilan : une réussite !

Une suite à la hauteur de SARIMA I : Inria est membre actif du GIS SARIMA II, signé en 2010, qui s’est élargi à 25 partenaires français et européens (Suisse, Luxembourg) et  s’est donné pour mission de créer une « Fondation SARIMA sous l’égide de la Fondation de France », afin d’y engager des  partenaires industriels  et de récolter  des fonds  qui assureront le financement de thèses en co-encadrement de bon niveau aux meilleurs étudiants mathématiciens et informaticiens d’Afrique subsaharienne francophone en évitant la « fuite des cerveaux ».

CARI : un colloque pas ordinaire

Le CARI, colloque africain sur la recherche en informatique, réunit tous les deux ans des chercheurs africains et internationaux travaillant dans le domaine de l’informatique et des mathématiques appliquées. Initié par Inria, l’Université de Yaoundé 1, et l’Université des Nations unies en 1992, il est soutenu par d’autres partenaires français, comme le Cirad et l’IRD, et des organisations internationales dont l’Agence universitaire de la francophonie (AUF), l’Université des Nations unies (UNU) et le CIMPA (Centre International de Mathématiques Pures et Appliquées).

Cari a rapidement évolué du cadre restreint d’un colloque classique pour devenir un véritable outil de développement et de formation de haut niveau soutenu par un fort partenariat scientifique et financier des centres de  recherche français et des organismes internationaux. Ainsi, le comité permanent, composé d’un collège de chercheurs africains et d’un collège de représentants d’organismes partenaires, a-t-il développé d’autres activités : écoles, attribution de bourses post-doctorales, aide à la mise en place de projets coopératifs entre universités africaines, et développement d’un réseau entre  universités et laboratoires de recherche africains,  notamment par un appui technique dans la mise en place d’Internet. L’expérience et le réseau Cari ont été essentiels à la construction de Sarima. Cette manifestation a vocation a être prochainement financée par les pays africains et à s’ouvrir sur l’Afrique anglophone.

Témoignage de Rajae Aboulaïch, professeure à l'Ecole Mohammadia d'ingénieurs de Rabat, directrice adjointe du Lirima.

Rajae Aboulaïch

"J’ai découvert le CARI à travers le réseau SARIMA, lors des premières réunions et pendant le bilan de SARIMA en 2004. Ce colloque (ainsi que le réseau SARIMA) était l’occasion pour moi de découvrir ce qui se fait sur mon continent. À vrai dire, pendant des années, j’étais tournée vers le Nord et  vers le Maghreb, j’ignorais tout de ce qui se fait sur le plan scientifique en Afrique subsaharienne. A travers le CARI et à travers SARIMA, j’ai pu connaître des collègues de plusieurs pays africains de compétence scientifique reconnue à l’échelle internationale, et des jeunes pleins d’énergie et de motivation. J’ai pu aussi connaître des collègues français et maghrébins très impliqués et qui soutiennent le développement scientifique et la collaboration avec des pays de mon continent. Le niveau scientifique, la motivation du réseau, son enthousiasme, ainsi que la vision coopérative et le respect mutuel entre collaborateurs du Nord et du Sud m’ont motivée et encouragée à m’investir dans ce réseau et à faire partie du comité scientifique de ce colloque, puis du comité d’organisation local pour l’édition 2008 à Rabat."

Témoignage de Lala Andriamampianina, directeur exécutif du Fonds d’appui au Développement de l’Enseignement Supérieur et président du Network information center Madagascar depuis 1997.

Lala Andriamampianima

« J’ai présenté en 1994 mon premier article pour un colloque africain. Je faisais partie des chercheurs engagés pour le développement d’Internet en Afrique et signataires de la “ Déclaration de Ouagadougou ”. Fin 1994 l’IRD a installé un nœud du réseau RIO à Antananarivo et le “.mg  ” a été créé. Les réseaux de chercheurs découlant du CARI ont permis de palier en partie l’éloignement géographique, qui est un handicap pour Madagascar. À l’issue de SARIMA, une dizaine de HDR et de thèses, des ateliers, séminaires, écoles et une cinquantaine de publications ont été réalisées. Nous espérons de meilleurs résultats encore pour l’équipe STIC-Mada du LIRIMA qui travaille sur des thématiques du contexte local ».

LIRIMA : un laboratoire commun franco-africain

Créé en novembre 2009, le laboratoire international LIRIMA est le premier du genre. Il regroupe dans des projets communs des chercheurs de 7 pays d’Afrique, du Maghreb, de France et d'autres pays européens sur le modèle des équipes-projets Inria. Un responsable d’équipe africain présente avec au moins un membre d’Inria, un projet scientifique et un budget prévisionnel associé. Les projets sont évalués par un comité scientifique : ils sont définis pour une période de 1 à 4 ans.Dix équipes-projets sont opérationnelles depuis janvier 2010, impliquant 72 chercheurs Inria. Dès 2011 lors de l’appel à projet, le laboratoire sera ouvert à d’autres partenaires, africains aussi bien qu’européens. Avec un très fort souhait exprimé par l’institut : que ces équipes soient tournées vers l’innovation et le transfert. La formation des jeunes doctorants en co-encadrement ou en co-tutelle reste également une priorité.

Les membres du LIRIMA

Université de Yaoundé I (Cameroun), université Gaston Berger (Sénégal), université de Ouagadougou (Burkina Faso), université d’Antananarivo (Madagascar), université Badji Mokhtar d’Annaba (Algérie), le Centre National pour la Recherche Scientifique et Technique (Maroc) et le ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de la technologie de Tunisie, CMAP Palaiseau, IRD, Institut de médecine de Marseille, ENS-Lyon, TIMA-Grenoble, universités Paris X, Paris V et Joseph Fournier de Grenoble, et les universités de Tours, de Metz, de Toulon et de Savoie. Parmi les partenaires étrangers : l’Institut de mathématiques de Neuchâtel (Suisse), les universités du Manitoba et de New Brunswik (Canada) et l’université de Tübingen (Allemagne).

Programmes STIC Algérie

Le programme STIC Algérie a pour objectif de favoriser l'émergence de nouveaux partenariats et de nouvelles coopérations entre des équipes de recherche algériennes et des équipes-projets Inria. L'activité de recherche diplômante est une priorité pour les équipes maghrébines.
Chaque projet proposé doit obligatoirement associer une (ou plusieurs) équipe(s) du coté algérien avec une (ou plusieurs) équipe(s) du coté français. Ces équipes doivent effectuer des recherches en Informatique, Automatique et Mathématiques Appliquées et au moins l'une d'entre elles doit être une équipe-projet Inria.  Aucune priorité thématique n'est fixée. Chaque projet proposé doit être co-dirigé par deux chercheurs ou enseignants-chercheurs permanents, l'un appartenant à une institution française, et l'autre à une institution algérienne.

  • La durée d'un projet sera de 12 mois, renouvelable une fois après évaluation. Chaque proposition sera faite simultanément en Algérie et en France.
  • Le soutien financier porte uniquement sur la prise en charge de la mobilité entre les deux pays des chercheurs engagés dans le projet.
  • Les comités mixtes franco-algérien sont responsables du processus d'évaluation des propositions de projets. Ils se réunissent tous les ans en fin d'année pour sélectionner les projets selon les critères suivants :
  1. Qualité scientifique du projet 
  2. Pertinence des actions proposées, réalisme des objectifs, applicabilité des résultats 
  3. Aspect diplômant de la recherche 
  4. Transfert de compétences
  5. Expertise et expérience des participants dans les deux pays 
  6. Coopérations industrielles

Le nombre final de projets sélectionnés dépend du budget global disponible chaque année. L'appel STIC Algérie 2011 a également permis de sélectionner 5 projets.

Mots-clés : Afrique Moyen-Orient Relations internationales Partenariats CARI LIRIMA EuroMéditerranée 3+3 Programmes Sarima Arima

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