Interview de Michel Cosnard
« Une science transverse et ouverte sur la société »
Michel Cosnard
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© Inria / Photo C. Dupont
Michel Cosnard, président-directeur général depuis 2006, répond aux questions les plus fréquemment posées par différents acteurs de la société sur les enjeux des sciences du numérique.
Quelle est la contribution d’Inria aux technologies numériques qui peuplent aujourd’hui notre quotidien ?
Michel Cosnard : Inria est impliqué de nombreuses façons dans la conception des technologies qui sortent aujourd’hui sur le marché. Le développement des téléphones intelligents, comme le Smartphone, qui permet de téléphoner, mais aussi de bénéficier de services en ligne, s’appuie sur des travaux en télécommunications, en interfaces homme machine et en logiciels, auxquels contribuent les chercheurs de l’institut.
Autre exemple, les réseaux sociaux, très en vogue actuellement, suscitent de nombreuses recherches sur la sécurité et la fiabilité des logiciels, la confidentialité des échanges et la protection de la vie privée. Nos équipes s’attèlent aussi à ces questions cruciales qui concernent tous les échanges sur internet. Nous sommes également impliqués dans la réflexion sur les questions éthiques qui peuvent être soulevées par les avancées rapides des technologies et leur diffusion très large. Nous avons recommandé la création d’un comité d’éthique pour nos domaines afin d’être capables de prendre en considération ces préoccupations très en amont dans les recherches.
Comment la recherche en sciences du numérique contribue-t-elle à résoudre les grandes questions de société ?
Michel Cosnard : Inria s’intéresse aujourd’hui à des questions qui sont de véritables enjeux pour les générations futures, comme le développement durable, la médecine et les services à la personne. Nous avons inscrit ces grandes questions dans notre plan stratégique, et nos activités dans ce domaine se sont beaucoup renforcées depuis quatre ans. Par exemple, nos chercheurs modélisent la croissance des plantes en vue d’améliorer les performances agronomiques et réalisent des outils d’aide au diagnostic pour la médecine. Ils conçoivent des technologies économes en énergie, inventent des moyens de transport automatiques et partagés, et créent des services destinés aux personnes âgées ou handicapées.
L’omniprésence des sciences du numérique dans tous les secteurs d’activité désigne ces sciences comme très porteuses pour l’avenir. Nous aurons besoin de chercheurs talentueux et créatifs et j’espère que ce métier, qui se situe aujourd’hui au coeur de problématiques sociales et humaines exaltantes, saura susciter toujours plus de vocations, notamment parmi les femmes, encore peu représentées dans nos disciplines. Notre action de diffusion de la culture scientifique vers les jeunes et notre action en faveur de l’enseignement de l’informatique au lycée, voire au collège, devraient y concourir.
La médecine s’appuie de plus en plus sur des technologies numériques, quelle place l’institut entend-il occuper dans ce domaine ?
Michel Cosnard : La médecine numérique est une priorité de recherche de l’institut. Nous y consacrons des efforts croissants. Nos chercheurs contribuent à la modélisation et à la simulation fines des organes (foie, coeur ou cerveau), dont il est ainsi possible d’étudier le fonctionnement. Ils modélisent également des maladies, notamment les cancers, et développent des outils d’imagerie, d’aide au traitement ou au geste chirurgical, comme les outils d’assistance à l’opération de la cataracte. Inria s’implique également dans les systèmes de télémédecine pour le maintien à domicile des patients ou dans la mise au point de nouvelles générations d’appareils implantés, comme les pacemakers, qui ont donné lieu à des dépôts de brevets.
Ces recherches nécessitent un travail en étroite collaboration avec les équipes biomédicales, et c’est la raison pour laquelle nous développons des plateformes ou des équipes en commun. Toutes ces interactions seront amenées à se multiplier. Nous participons déjà à la nouvelle Alliance pour la santé et les sciences de la vie ; nous sommes impliqués dans la plupart des instituts thématiques pluriorganismes et les talents des chercheurs Inria y sont reconnus.
Les recherches d’Inria peuvent-elles favoriser la relance de l’économie ?
Michel Cosnard : Depuis plusieurs années, nous faisons évoluer nos dispositifs afin d’accroître l’impact de nos technologies sur l’économie. Pour cela, nous avons accordé une place primordiale à des partenariats de type stratégique avec les grands groupes. Ces partenariats s’appuient sur une vision partagée des enjeux économiques actuels et permettent de mobiliser nos équipes sur des questions fondamentales afin de lever des verrous technologiques. Nous nous sommes également dotés d’outils servant à mieux collaborer avec les PME de notre secteur, comme les petits laboratoires communs I-Labs. Nous avons parallèlement accru notre capacité à collaborer avec ces PME.
La création des nouveaux centres de recherche à Lille, Bordeaux et Saclay a permis à l’institut de s’insérer dans de nouveaux tissus économiques régionaux et de s’impliquer dans la dynamique locale en relation étroite avec les pôles de compétitivité. Les Rencontres Inria-Industrie, qui ont eu lieu en 2009 à Lille avec le pôle des industries du commerce, en sont une illustration réussie. Des initiatives similaires vont proliférer dans tous les centres. Enfin, 2010 devrait voir se transformer notre filiale Inria-Transfert afin d’améliorer la force de pénétration de nos start-up en les aidant à créer des produits de plus forte diffusion.
Quelles sont les évolutions de la discipline ?
Michel Cosnard : L’une des grandes avancées de portée symbolique de l’année a été l’entrée de l’informatique au Collège de France. Cet événement signe à la fois la reconnaissance de l’informatique comme une discipline à part entière et celle de sa contribution de plus en plus grande aux autres sciences. Cette légitimation s’accompagne de l’ambition de donner une place à l’enseignement de l’informatique, qui entre aujourd’hui dans le cursus optionnel de terminale scientifique. Il est de notre devoir de nous impliquer dans la formation des enseignants de mathématiques qui seront chargés de cet enseignement. Ce travail a déjà été entamé avec succès à Sophia Antipolis. Cette reconnaissance conforte également l’approche globale, interdisciplinaire que nous avons adoptée dans notre plan stratégique pour répondre aux grands enjeux de notre temps.
L’aspect coopératif de notre activité est donc amené à se renforcer, dans le cadre de projets d’envergure soutenus par l’institut, mais également dans le cadre de regroupements plus importants comme les nouvelles Alliances, en particulier Allistene, l’Alliance des sciences et technologies du numérique. Le métier de chercheur prendra une dimension plus européenne, avec plus d’intégration et de coordination. Nous sommes clairement dans ce mouvement, avec nos lauréats ERC, nos équipes transfrontalières et surtout, point d’orgue de cette année riche en événements, avec le succès du projet EIT ICT Labs. Un beau projet à construire, entièrement tourné vers l’Europe et les préoccupations sociétales.
Mots-clés : Michel Cosnard Sciences numériques Sciences informatiques Société Économie Santé Environnement
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