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Histoire d'Inria

Gilles Kahn, un visionnaire

Gilles Kahn © INRIA Photo A.Eidelman

Premier informaticien élu à l'Académie des sciences, Gilles Kahn a été un chercheur talentueux visionnaire de renommée internationale.

Biographie de Gilles Kahn

Né le 17 avril 1946 à Paris, Gilles Kahn fait ses études supérieures à l'Ecole Polytechnique (promotion 1964), puis à l'université de Stanford, aux Etats Unis (1968-1971). Durant sa carrière, il fait deux autres longs séjours de recherche à l'étranger auprès de scientifiques de renom. D'abord à l'université d'Edimbourg (1975-1976), puis à l'Institut Isaac Newton de Cambridge (1995). Ses collègues Philippe Flajolet et Gérard Huet décrivent la vision à long terme d'un grand scientifique qui a compris, dès les années 1970 que l'informatique, était une discipline scientifique à part entière. Vingt ans plus tard, en 1997, il devient le premier membre de l'Institut élu à l'Académie des sciences en tant que chercheur en informatique.

À son retour de Stanford, il entre au Commissariat à l'énergie atomique puis rejoint l'Institut de recherche en informatique et automatique (IRIA) à Rocquencourt en 1976, en tant que responsable d'un projet consacré au développement d'environnements de programmation. En 1983, il participe à la création de l'unité de recherche de Sophia Antipolis, où il pilote la recherche scientifique auprès du directeur. En 1993, Gilles Kahn rejoint la direction générale de l'Institut dont il devient le directeur scientifique, puis le président directeur général en mai 2004. A ces deux fonctions clés, il exerce une influence majeure sur la définition des plans stratégiques d'Inria, notamment sur l'avant dernier (2003/2007) qui dessine les contours de recherches conjointes entre l'informatique et les sciences du vivant.

En tant qu'expert, Gilles Kahn a souvent été sollicité pour des missions d'intérêt national. En 1996, il est membre de la commission d'enquête sur le vol Ariane 501. Entre 1997 et 2005, il est co-auteur de trois rapports. Le premier consacré à la recherche en télécommunications est remis en 1997 au ministre de l'Industrie. En 2000, un second rapport sur l'accès de tous à la connaissance est remis au Président de la République. En 2005, les ministres de la recherche et de la culture se voient remettre un troisième rapport sur l'offre légale sur Internet.

Hommage & Témoignage

Collaborateurs proches de Gilles Kahn, Philippe Flajolet et Gérard Huet parlent du chercheur et de ses contributions scientifiques.

" La recherche personnelle de Gilles Kahn comprend plusieurs idées fondamentales : donner un sens aux programmes, établir les fondements de la concurrence dans les processus de calcul, se doter de méthodes et d'outils pour développer des logiciels conformes à leurs spécifications. Pour lui, le trait unificateur de ces grands axes est la modélisation mathématique et logique du processus de calcul.

Historiquement la première contribution marquante associée à son nom est la découverte de ce qui sera plus tard connu comme les "réseaux de Kahn" (IFIP, 1971). Il s'agit d'un cadre conceptuel pour décrire le calcul distribué asynchrone. Ces travaux participent d'un courant d'idées partagé avec les Bell Laboratories où s'ébauche alors le système d'exploitation Unix.

Gilles Kahn a été l'un des précurseurs du domaine de la sémantique des langages de programmation, laquelle permet de donner un sens mathématique précis à un programme informatique. Il contribue notamment, en collaboration avec l'Université d'Edimbourg où il passera une année sabbatique en 1975-76, à l'élaboration d'une importante théorie des domaines de calcul concrets. En 1983, il participe à la création de l'Unité de recherche Inria de Sophia-Antipolis. Il y développe une théorie élégante, celle de la "sémantique naturelle". On peut grâce à cela manipuler un programme comme une formule, c'est-à-dire calculer des propriétés de programmes. Cette percée ouvre la voie au développement d'environnements de programmation, où les programmes sont manipulés de pair avec leur spécification.

L'idée suivante est de manipuler informatiquement les preuves elles-mêmes, ce qui permet la vérification mécanique de propriétés de programmes et de logiciels. De fait, Gilles Kahn jouera un rôle de premier plan dans la commission d'enquête sur la défaillance du logiciel de la première mission de la fusée Ariane 5.

Gilles Kahn était un véritable chercheur dans l'âme. Il aimait le débat d'idées avec des chercheurs, qu'ils soient académiciens ou doctorants. Tous les scientifiques qui l'ont cotoyé se souviendront de la chaleur et de l'intelligence de ces échanges. Sa vision scientifique était remarquablement large, et il était passionné par les interactions de l'informatique avec des domaines comme les mathématiques, la physique, la biologie et la médecine."

Gérard Huet & Philippe Flajolet

"Les défis scientifiques du 21e siècle"

Le 30 mars 2004, Gilles Kahn a fait un exposé  scientifique à l'Académie des sciences. Visionnez la vidéo de l'évènement dans le cadre des conférences et débats « Les défis scientifiques du 21e siècle ».

Les sciences et technologies de l'information et de la communication (STIC) sont présentes dans tous les domaines de l'ingénierie ou de la production et interviennent dans la plupart des innovations technologiques. Leur rôle est stratégique dans les questions de défense et de sécurité. Elles forment l'ossature de toutes les activités de service, avec un impact sur l'enseignement, la recherche scientifique, l'accès à la culture, les interactions entre personnes ou entre personnes et organisations.

Sur le plan scientifique, ces disciplines sont récentes et leur étendue est considérablement sous-estimée.

L'avenir se dessine autour de grands problèmes où se mêlent intimement science, technologie et utilisations novatrices, soulevant ainsi l'enthousiasme chez les jeunes chercheurs : la construction d'immenses réseaux d'ordinateurs interconnectés, la capacité à traiter en profondeur des données qui ont du sens pour les êtres humains (l'image, la langue naturelle, la perception), le contrôle de la qualité et la sécurité des logiciels dont notre vie peut dépendre ou la gestion des grands volumes de données hétérogènes qui permettent de suivre l'état de notre planète.

Enfin, les sciences et technologies de l'information et de la communication sont appelées à jouer un rôle considérable dans les sciences de la vie et la médecine clinique.

Mots-clés : Gilles Kahn Académie des sciences Commissariat à l'énergie atomique Président-directeur général Chercheur Défis scientifiques Conférence

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