En l'espace d'une année, l'INRIA aura signé plus d'une vingtaine de conventions de collaboration avec les universités et les grandes écoles partenaires de l'institut. Ces accords aménagent les collaborations dans le cadre du nouveau paysage de la recherche française façonné par la loi d'août 2007 relative aux libertés et responsabilité des universités (LRU).
Entretien avec Jean-Pierre Verjus, directeur général adjoint de l'INRIA.
: Pourquoi signer des conventions avec les universités ?
Jean-Pierre Verjus : Les universités (nous utilisons ici ce terme générique pour désigner les Universités et les Grandes Ecoles) acquièrent dans le cadre de la LRU une autonomie de gestion comparable à celle des organismes de recherche. Elles deviennent des opérateurs de recherche à part entière avec lesquels nous devons nous mettre d'accord sur les manières de travailler. De surcroît, si la recherche se recentre sur l'université avec l'émergence future d'une douzaine de sites de visibilité mondiale, les organismes nationaux devraient se voir attribuer le pilotage des grands programmes sur l'énergie, la santé, l'information, etc. Dans ce cadre, l'INRIA devra soutenir des recherches dans ses domaines de compétence au sein de ses équipes autant que dans les équipes communes avec l'université. Organiser ces relations, destinées à s'amplifier, ne peut que servir cette nouvelle organisation de la recherche.
L'institut avait anticipé cette évolution : dès avril 2007, le conseil d'administration de l'INRIA a adopté une politique partenariale allant dans le sens de la LRU et en septembre 2007 un projet d'accord cadre a été envoyé à une trentaine de partenaires de l'enseignement supérieur. La première convention a été signée en janvier 2008 avec le PRES de Bordeaux. Aujourd'hui, 20 conventions ont été signées et cinq autres devraient l'être d'ici la fin de l'année.
: Quelle est l'originalité de ces conventions ?
Jean-Pierre Verjus : Ces conventions visent à organiser les collaborations avec les universités dans le sens d'une simplification et d'une clarification des droits et devoirs de chacun des partenaires. Par exemple, si des équipes communes font partie d'un laboratoire universitaire hébergé par l'université, l'INRIA est prêt à reconnaître un statut de laboratoire associé à ce laboratoire, à lui apporter des moyens et à lui déléguer la gestion des équipes communes. À l'inverse, si un laboratoire universitaire contenant des équipes communes est hébergé par l'INRIA et si l'université le souhaite, l'INRIA est prêt à prendre en charge la gestion du laboratoire. Dans d'autres cas, l'INRIA peut accueillir sous diverses formes des enseignants-chercheurs d'universités partenaires dans des équipes qu'il loge et qu'il gère.
Des accords du même type ont été signés avec les autres organismes avec lesquels nous sommes amenés à collaborer - le CEA, le Cemagref, le Cirad, l'Inra, l'Inserm, l'Onera. Nous accueillons par exemple dans notre centre de Rennes une équipe commune avec l'Inserm et, rattachée au même centre, une équipe commune avec le Cemagref devrait être hébergée chez ce partenaire. Il en est ainsi à Montpellier avec l'Inra et le Cirad, ou à Saclay avec le CEA(Neurospin).
: Ces conventions modifient-elles les rapports de l'institut avec le monde industriel ?
Jean-Pierre Verjus : Vis-à-vis du transfert on peut distinguer deux cas. S'il s'agit par exemple de l'émergence d'une start-up, alors les accords avec les universités sur un site donné doivent permettrent de mutualiser les dispositifs d'aide à la création et à l'accompagnement des entreprises. Ces dispositifs mutualisés sont souvent couplés avec ceux mis en place dans le cadre de pôles de compétitivité (comme à Grenoble) ou des réseaux thématiques de recherche avancé (comme Digiteo à Saclay). Par contre, s'il s'agit de répondre à une demande de partenariat stratégique faite par un grand industriel, accord qui nécessite la mobilisation de plusieurs équipes-projets réparties sur tout le territoire, alors l'INRIA est, nous semble-t-il, le plus légitime à être l'interlocuteur de cet industriel. À cet effet, il devrait disposer d'un mandat de gestion de la part de ses partenaires universitaires pour la mise en oeuvre de ce partenariat. Ces dispositions sont donc prévues dans les accords-cadres avec les universités. D'autres organismes sont plus légitimes que l'INRIA si le sujet concerne par exemple des technologies de conception de médicaments : dans ce cas, l'interlocuteur naturel pourrait être l'Inserm et nous faisons partie, à cet égard de la coordination mise en place par l'Inserm dans le cadre de son institut des technologies pour la santé. Dans certains cas des universités bien outillées, comme à Grenoble dans le domaine des logiciels et systèmes intelligents, peuvent légitimement revendiquer cette activité, notamment pour leurs partenaires régionaux. Nous essaierons à chaque fois de négocier les partenariats en tenant compte des spécificités de chacun et avec le souci constant de simplifier la gestion des équipes communes et d'offrir aux partenaires industriels un contact unique et adapté à leurs besoins.