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Bonaventure Djamie - 16/04/2012

Les systèmes collaboratifs confrontés aux changements d’échelle

Dans le cadre du salon WWW2012 François Charoy et Claudia-Lavinia Ignat, membres de l’équipe projet Score d'Inria, présentent leurs travaux de recherche sur les technologies de travail collaboratif. Au sein de leur équipe, ils se concentrent sur l’impact que produisent les changements d’échelle dus au Web, notamment le Cloud ou les réseaux pair à pair.

En quoi consistent vos recherches sur les systèmes collaboratifs ?

François Charoy : Nous travaillons sur plusieurs dimensions de la coopération. L’une des dimensions les plus connues du grand public c’est l’édition collaborative qui permet à un groupe de personnes se trouvant en différents endroits de travailler collectivement sur un même document. Nous nous intéressons aussi aux services et à leur ingénierie.

Est-ce précisément ces travaux qui  vous ont valu la distinction du «Best Paper Award» en 2011 ?

Claudia-Lavinia Ignat : Oui. Cette distinction concernait  nos travaux sur un nouveau modèle de collaboration basé sur la notion contractuelle du partage de documents.  Ce que nous proposons c’est de partager les documents avec des utilisateurs à qui on fait confiance en leur spécifiant des contrats, et, de vérifier a posteriori que ces contrats ont été respectés.

Pourquoi vous intéressez-vous aujourd’hui à ce champ de recherche ?

François Charoy : Nous pensons qu’il y a des défis extrêmement intéressants. Un de ces défis est de permettre à des gens appartenant à différentes organisations éloignées géographiquement les unes des autres de travailler ensemble pour résoudre des problèmes majeurs. Il peut s’agir de la gestion de catastrophes naturelles, de crise etc. Il faut pouvoir disposer de support adapté à ce type de collaboration impliquant de plus en plus de personnes.

A quand remonte l’intérêt pour les outils de travail collaboratif ?

François Charoy : Le fait que des gens s’organisent pour travailler ensemble remonte à très longtemps. La compréhension des mécanismes de la collaboration relève  des sciences sociales et des sciences des organisations. Le fait de faire travailler des gens éloignés les uns des autres comme s’ils se trouvaient dans un même bureau au moyen d’un support informatique remonte quant à lui aux années 60, au tout début de l’informatique. Cet intérêt croissant depuis la crise de 2008 s'accentue aujourd'hui car  les entreprises et les organisations veulent réduire leurs coûts de transport tout en réduisant également leurs émissions de carbone.

Quelle maturité les technologies de travail collaboratif  présentent-elles?

Claudia-Lavinia Ignat : Les technologies sont aujourd’hui plus matures. Elles sont déployées par de grandes sociétés qui les mettent à la disposition du public au travers des outils tels que Google Docs. Les PME sont également très intéressées par les résultats de nos travaux de recherche (voir encadré projet Wiki3.0).

A quels défis votre domaine de recherche est-il lui-même confronté ?

François Charoy : Il y a aujourd’hui des changements dans les échelles de collaboration. Auparavant la collaboration concernait des petits groupes de huit à dix personnes au maximum. Aujourd’hui la collaboration peut concerner des communautés beaucoup plus importantes. Il existe aussi un changement d’échelle des infrastructures notamment avec le Cloud ou avec les réseaux pair à pair qui supportent cette collaboration. Nous nous intéressons au pair à pair parce qu’il nous libère d’une infrastructure trop centralisée.
Une des directions dans lesquelles nous nous engageons c’est la sécurité du partage des données. Ce qu’il faut noter c’est qu’à partir d’une certaine échelle on ne peut plus faire du contrôle de sécurité pour vérifier a priori qui a accès à une certaine information. Cela devient trop coûteux. Nous voulons déployer une approche basée sur la confiance et sur des contrôles a posteriori.

Quels peuvent être les inconvénients du système pair à pair ?

François Charoy : Comme le système n’est pas centralisé il faut être sûr que les données sont bien réparties et répliquées sur suffisamment de nœuds du réseau pair à pair. Ce qui peut poser quelques problèmes techniques et des problèmes de performance en particulier lorsque les données peuvent être modifiées. Avec le pair à pair il y a aussi des problèmes d’image. Quand on parle de réseau pair à pair certains pensent surtout à des échanges de fichiers piratés. C’est  très éloigné  de ce que l’on fait.

Claudia-Lavinia Ignat : Un autre défi est lié au contrôle d’accès qui renvoie à la sécurité.

Quelles sont vos contraintes ?

Claudia-Lavinia Ignat : Elles sont techniques. Lorsque l’on veut faire de la collaboration à grande échelle (des milliers d’utilisateurs), il est difficile de réaliser des expérimentations avec de vrais utilisateurs. On a besoin de faire des simulations et donc de modéliser le comportement des utilisateurs et de nos systèmes.

François Charoy : Elles sont également sociales. Il est toujours difficile d’étudier des groupes de taille importante. Grâce au Web, on dispose cependant de plus en plus de cas de collaboration à grande échelle observables.

Le système collaboratif est-il reconnu comme un domaine de recherche à part entière dans le Web ?

François Charoy : Il existe aujourd’hui de nombreuses  conférences et des journaux scientifiques dans ce domaine. C’est un domaine multidisciplinaire.

Claudia-Lavinia Ignat : Il existe également de vastes communautés scientifiques qui s’intéressent aux aspects techniques des systèmes et d’autres qui s’intéressent aux aspects sociaux et méthodologiques de la collaboration. Et nous, nous faisons d’une certaine manière le  pont entre ces communautés.

Mots-clés : François Charoy Claudia-Lavinia Ignat Wiki Systèmes collaboratifs WWW2012 Centre de recherche Inria Nancy - Grand Est

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