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Histoire d'Internet

Françoise Breton - 10/10/2011

Les origines du « .fr » racontées par quatre pionniers

En France, l’internet est né au sein du Bâtiment 8 du centre Inria Paris-Rocquencourt, qui hébergeait les jeunes chercheurs de retour des Etats-Unis. Peu à peu, face au succès de ce nouveau moyen de communication, l’Afnic a été créée pour gérer les noms de domaine, c’est-à-dire les adresses en .fr, plus faciles à mémoriser que l’adresse IP. Clins d’œil des acteurs sur le contexte de cette naissance.

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« Nous utilisions IP en douce ! »

Gérard Huet © Inria - Ch. Tourniaire

Gérard Huet , directeur de recherche

« Lorsque je suis arrivé à l'institut, en même temps que d'autres chercheurs revenant des Etats-Unis en 1972, nous avions peu de matériel. En fédérant les efforts des équipes du Bâtiment 8 - notamment grâce aux ressources propres du Projet National VLSI dirigé par Jean Vuillemin -, nous avons pu monter notre propre centre de calcul avec un ingénieur système, un spécialiste d'électronique, etc. Nous administrions de façon autonome ce groupe de machines, notamment un VAX sur lequel nous avions installé UNIX, qui venait d'être `libéré' par le groupe de Berkeley (BSD). A l'époque, en 1982, le seul point d'accès à l'Internet naissant était le CNAM (Conservatoire national des arts et métiers), qui nous a transmis le flambeau. Nous étions connectés au CWI  (Centrum voor Wiskunde en Informaticaa)  d'Amsterdam par une ligne dédiée, et de là nous nous connections à un accès transatlantique fourni par la NSF (National Science Foundation ). Nous n'étions pas supposés utiliser la technologie Américaine IP mais étions en principe tenus d'utiliser les normes Télécom Européennes… En 1985 le courrier électronique de la France entière passait par le "Bat 8", surnommé `The barrack' par nos amis britanniques, où notre ingénieur système Yves Devillers gérait le premier fournisseur d'accès FNET (Frequency monitoring Network ). » 

« Un message pouvait prendre une demi-journée pour arriver aux Etats-Unis ! »

Yves Devillers  © Inria - Ch. Tourniaire

Yves Devillers , ingénieurs système dans le projet CAO-VLSI

Dès 1982, les chercheurs me sollicitaient pour accéder à la messagerie et à un service de news. La majorité d’entre-eux avaient fait leur post-doc aux Etats-Unis où ce type de service existait déjà. Ils voulaient la même chose au bâtiment 8 ! A cette époque, le très dynamique EUUG (European Unix User Group ) fédérait les bonnes volontés à travers un réseau pour la R&D, EUnet (European UNIX Network ) afin de pouvoir transmettre des messages et des news vers le reste du monde. En 1988, les services de l’EUnet pour la France furent repris par mon équipe sous la houlette de Jean-Yves Babonneau qui a ensuite présidé aux destinées de l’Afnic. A cette époque, la consultation de news ou l’envoi de messages s’effectuait en "store & forward". Il fallait indiquer précisément le chemin qu’allait emprunter le message pour arriver au destinataire final. Il fallait donc connaître l’architecture du réseau ! Par ex : ucbvax !philabs !mcvax !inria !devill. Un message pouvait prendre une demi-journée pour arriver aux Etats-Unis !

« Une des grandes questions à l'époque a été celle du nommage »

Jean-Yves Babonneau

Jean-Yves Babonneau , directeur général de l'Afnic, de la création de l'association jusqu'en 2005

« Une des grandes questions à l'époque a été celle du nommage. Fallait-il externaliser le nommage des sites Internet en France ? L'intérêt général n'était-il pas plutôt d'en faire une mission de service public ? Celui qui s'emparerait du nommage ne s'assurerait-il pas une forme de contrôle sur l'Internet ? C'est la solution publique qui a été retenue. Le service NIC-France (pour Network Information Center ) a vu le jour en 1994 et Inria a géré le domaine national .fr jusqu'en 1997. Au début des années 1990, on comptait 300 noms de domaine en .fr et des  cinq opérateurs historiques en 1994 , on est passé à un millier fin 1997. Cette multiplication exponentielle des opérateurs liée à l'expansion de l'Internet, a engendré un volume d'activité trop important pour les services administratifs de l'institut. Le service a été externalisé en janvier 1998 sous forme d'une association, l'Afnic, avec un pilotage assuré à 51 % par le service publique et 49 % par les opérateurs et utilisateurs. »

« En France, le minitel représentait le futur »

Jean-Pierre Verjus

Jean-Pierre Verjus , conseiller auprès du président d'Inria

« Hors du milieu académique, l’Internet était considéré comme une histoire de chercheurs qui n’était pas vouée à dépasser les frontières des instituts et des universités. En France, le minitel représentait le futur. Lorsque, dans un exposé visant les industriels aux journées de la recherche en 1994, je prédisais que le minitel se ferait déborder par l’Internet, je ne récoltais que des rires incrédules ou hostiles. Un grand Industriel lyonnais de la pharmacie s’est levé pour asséner que ce « bazar d'universitaire » ne marcherait jamais. Un responsable de France Telecom s’est même plaint auprès de Alain Bensoussan, alors président d'Inria, du fait que je travaillais contre le Minitel ! En 1996, le chiffre d’affaires du commerce en ligne sur le minitel représentait en effet 12,6 milliards de francs. »

Mots-clés : Nommage AFNIC Internet Histoire de l'informatique Yves Devillers Jean-Yves Babonneau Gérard Huet Jean-Pierre Verjus

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